Maths à Modeler chez les Wallons

March 17, 2008 - Liège, Belgium

Répétition générale avec un mois d'avance. A défaut d'accent québécois, c'est chez nos cousins Belges que j'ai passé le week-end, avec Nico, un collègue thésard. Le prétexte invoqué était l'animation d'un stand de maths au "Printemps de la science". Je passe sur nos déboires ferroviaires (la banlieue parisienne c'est beau !), nous débarquons donc à Liège assez tardivement et rencontrons un jeune homme saoul comme un Wallon urinant à trente mètres de notre hotel. En effet, nous allons dormir à côté du Carré !!! Alors le carré c'est un peu comme les fêtes de Dax mais sur 2 rues, toute l'année, il y fait plus froid et les gens ont un fort accent nordiste. Mais pas question de sortir ce soir ; demain on tient le stand et on doit assurer.

Et voilà déjà demain, l'occasion pour nous de vérifier que le public de Maths à Modeler en Belgique est le même qu'en France. C'est l'occasion d'en brosser quelques portraits :

Le fils d'ingénieur (avec son père) : Attiré par la foule et les pièces en bois si finement taillées, l'enfant traine son père au stand et se met aussitôt à manipuler le matériel pour expérimenter un peu tout ce qui lui passe par la tête. D'un naturel méfiant, le paternel écoute, distant, l'énoncé du problème et tente mentalement d'y recaler le plus de variables x et y possibles, espérant retrouver une équation de sa connaissance qui résoudrait en un tour de main le problème. Malheureusement pour lui, il se fait toujours doubler par son fiston qui cherche alors dans les yeux de son père la fierté d'avoir un fils matheux. Déception pour les deux protagonistes, le papa pense que ce ne sont pas des maths (et oui y a pas d'équation) et le fils ne trouve pas l'étincelle de reconnaissance qui lui ferait tant plaisir.

L'ingénieur (avec son fils) : Alors là c'est le contraire ; le papa se rappelle avec nostalgie les heures passées en prépa à se creuser la tête sur des petits problèmes de son invention. Il aimerait tant que son fils puisse partager ce plaisir. "Allez Hugo, écoute ce que te dit le monsieur !" Enoncé du problème. Le gamin touche une pièce en bois, je me sers un verre d'eau. Le temps que je tourne la tête, le papa a pris la place du fiston. Au début il tente d'expliquer à son fils quand même : "Alors là tu vois on peut les ranger comme ça mais est ce que ce serait pas mieux de...." Il ne finira jamais sa phrase. Le rejeton attend patiemment que son père finisse de jouer. Son père ne le voit même plus et s'entête à résoudre les mille questions qui lui traversent l'esprit. Au bout de vingt minutes, il repart ravi : "C'est vraiment super ce que vous faites pour les mômes !" Un léger sourire se glisse sur nos lèvres : "Oh vous savez ça marche aussi pour les adultes..."

L'étudiant (bénévole qui se fait chier à son stand) : Passer une journée à répéter les mêmes phrases ça use. Il faut croire que la mathématique a quelque capacité cachée de récupération. A moins que ces jeunes là ne viennent chercher à notre stand, l'anéantissement de leur cerveau, pour que le reste de la journée ne soit plus qu'un songe indolore. L'étudiant affectionne surtout la discussion prenant prétexte des jeux pour parler de tout ou de rien. On le retrouve aussi le soir dans les réceptions, occupé à goûter scrupuleusement les différentes bières à disposition (et ce n'est pas une mince affaire).

Le prof : Venu seul pour se mettre au courant des différentes pédagogies, le prof rechigne à perdre son temps sur nos jeux. Il veut savoir où on va, pourquoi comment et quels sont les mécanismes que l'on vise chez l'enfant. Bizarrement, les profs sont souvent les premiers à tomber dans le piège du "Ben si on nous le demande c'est que c'est possible !" Si ça ne leur plaît pas, ils dérivent assez rapidement vers un autre stand. Dans le cas contraire, une longue conversation s'installe, se concluant inévitablement par : "Et il faut demander à qui pour que vous interveniez dans nos classes ?"

Le fils de bourgeois (avec son père) : Impulsif, sûr de lui, insolent, cet enfant-là n'a cure des instructions ; il vient là pour passer le temps. Assez souvent méprisant il sait tout sur tout mais rarement au bon endroit. Sitôt un problème rencontré, il décrète que c'est nul et s'invente les règles d'un jeu plus drôle où cet horrible énergumène qui sert d'animateur n'aurait pas son mot à dire. Derrière le tableau, un papa admiratif qui le félicite à chaque seconde et ne manque pas de se féliciter également de la vivacité de sa progéniture. Vous l'aurez deviné ; ces gens-là je ne peux pas les blairer.

Le fils de prolo (avec son père) : Souvent bien plus agréable que le précédent, ce dernier apprend généralement avec un plaisir non dissimulé, qu'on peut faire des mathématiques sans forcément connaître par cœur le développement de (a+b) au cube. Moins porté sur la compétition que les précédents spécimens, il mène sa barque délicatement dans les méandres de la logique sans nécessairement arriver plus vite plus fort ou plus loin ! On distingue aussi les parents qui s'intéressent un peu à ce que fait leur gamin et ceux qui abandonnent directement : "Ah non moi les maths ça n'a jamais été mon truc. Compte pas sur moi pour t'aider ! Pis ça sert à rien..."

Le dignitaire (ex : une ministre) : A grands renforts de caméras et de journalistes, le dignitaire se pointe au stand et s'enquiert de nos méthodes. La peur du ridicule le pousse souvent à refuser de jouer à nos jeux, prétextant un emploi du temps chargé ou toute autre excuse pour ne pas gâcher le temps précieux de quelqu'un de cette qualité. L'essentiel consiste alors à garder le sourire et acquiescer avec déférence. D'autant plus si nous sommes invités au convivial verre de l'amitié qui se tient juste après.

Tous ces gens-là monsieur, sont passés nous voir ce week-end et bien d'autres encore. Dans un cadre un peu moins institutionnel, j'ai aussi eu droit à une leçon sur la cuisson des frites (deux fois s'il vous plaît), une histoire de la Wallonie et des langues belges en une heure. J'ai pu aussi croiser, près d'un urinoir, un Gallois dont l'équipe nationale venait de remporter le Grand Chelem.

Un bien bon week-end en somme qui me fait déjà saliver de retrouver Montréal et ses rues enchanteresses...

Portez vous bien.

Pictures

A table
Les frites
Saute-mouton
Le stand
 
 

2 Comments

Boris:
March 19, 2008
Bien rigolo tout ça!
BOSS:
April 8, 2008
Bonne introspection ...

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