Voilà pas mal de temps que j'en rêvais. C'est chose faite : je reviens de trois jours d'ermitage dans les Rocheuses. Au menu, de la marche, de la vie de forêt et des conditions climatiques marrantes.
Tout commence après ma semaine de bourgeois au Banff Center. Il est alors grand temps d'expier tout cette bouffe à volonté. Malheureusement le créneau météo est assez pourri, du coup j'attends un jour de plus à l'auberge de jeunesse. A défaut d'ours sauvage, j'ai comme cothurnes 4 jeunes australiens qui font leur tour du monde en picolant dans tous les coins. C'est assez drôle comme concept, bien qu'un peu réducteur. Ils me parlent avec des sanglots dans la voix des fêtes de Pampelune...
Le gardien du parc, auprès de qui je m'acquitte des droits de wilderness, m'enjoint de m'acheter un pepper spray pour les ours et enregistre mon itinéraire dans un security notebook parce que partir seul à cette période c'est TRES dangereux qu'il me dit.
Arrive le départ.
J1: Comme je suis le roi de l'organisation, la navette qui part de Banff a arrêté de fonctionner la veille et je dois me taper 15 bornes de bonus à pieds. Je quitte la ville sous le crachin et rencontre un loup. On se regarde comme deux cons, sans doute autant flippés l'un que l'autre. La main sur le pepper spray, je m'avance ; il me cède la place. La pluie se calme un peu et au bout de 8km, un bucheron qui va ramasser du bois me prend dans son immense pick-up. Bien entendu, on parle d'ours et autres rencontres dangereuses. Le vrai sentier commence enfin. Tous les 100m je crie comme un débile comme me l'a demandé le gardien du parc. Tout se passe bien. Au premier col, les flocons de neige se pointent, c'est la grande classe. Certains sapins changent de couleur ici. C'est un festival de jaunes et de verts. Je n'ai croisé personne sur le chemin, alors je me sens un peu le daron de la place. Et ce n'est rien à côté de ce qui m'attends. La cabane refuge dans laquelle je dors pour la modique somme de $7 par nuit se trouve être un cliché à l'intérieur d'un cliché. Décor gigantesque avec une grande face à l'arrière et du bois pour l'hiver à l'avant, cette bicoque en bois qui peut abriter 12 personnes n'en abritera qu'une pour le temps de mon séjour. Je m'attaque à couper du bois. Toutes les cinq minutes, je fais des parallèles débiles avec les bouquins de Jack London. Je suis aux anges. Le soleil disparait, je me couche encore plus tôt que Sylvain ! Le temps est beau.
J2: Au réveil une chose crêve les yeux. Il a neigé toute la nuit. Par contre le soleil est là et je pars me promener au-dessus de la cabane sous le soleil et dans la neige. Mes chaussures de trail ont tôt fait de déclarer la neige gagnante. J'arrive donc à Whistling pass en sabots nautiques. Un p'tit détour par les Scarab Lake et Mummy Lake (je dors à la cabane d'Egypt Lake, elle même au bout de la vallée du Pharaoh Creek, j'crois que Cléopâtre aimait bien ce coin !) me permet de voir un bout de la Colombie Britannique. Les décors sont toujours splendides (cf photos). Retour à la cabane et même programme que la veille, couper du bois, manger, dormir, écrire des poèmes...
J3: Au réveil une chose crêve les yeux. Il a encore plus neigé cette nuit. Et cette fois le soleil est absent. Je dois y aller quand même et pour rentrer, il me faut franchir un col quelques 300m plus haut. J'avance dans la tempête. Si j'étais dans un film je me serais perdu une ou de fois en me rendant compte avec effroi que je tournais en rond, et je me serais sans doute fait attaquer par un ours. Ben en fait non, j'ai juste froid... J'ai pris soin avant mon départ de mettre mes gants au fond du sac ce qui me décourage de les mettre. Au niveau du col, j'ai quelques dreadlocks de glace. Cette veste Gore-Tex me semble tout sauf imperméable. Je suis frigorifié. Alors je trace au milieu des sapins. La neige tombe, on se croirait à Noël, je me prend à chanter le chant du Rédempteur. Puis je me dis qu'à Noël, je devrais déjà avoir sacrément rédigé ma thèse. Cette perspective me fait accélérer. La neige se transforme en neige fondue, Noël s'évanouit. La neige fondue se transforme en pluie dégueulasse, il n'y a vraiment plus rien de féérique. La perspective des 15 bornes de marche devant moi à la fin du sentier me fait moyennement triper. Début de la route. Au rythme d'une voiture toutes les 10 minutes, 3 enculés me snobent, sans doute de peur que je mouille leurs sièges. Enfin, un autre bûcheron me prend dans son pick-up. Ce n'est pas le même qu'à l'aller. Mais devinez de quoi il est question : d'ours !
Retour à Banff, sous la pluie, je passe au bureau leur dire que je suis vivant. Ils rigolent de me voir avec ma gueule de chien mouillé. Je me rue au McDo manger un truc chaud. C'est bon le Double Big Mac.
Je vous épargne mes poèmes cette fois, certains diraient que je suis méchant.
Amusez-vous bien.
Laurent




