A la conquete de Torres del Paine !

March 20, 2011 - Puerto Natales, Chile

Torres del Paine est l'un des parcs nationaux que compte le Chili. Il s'agit la peut-etre de l'attraction principale du pays... Deux parcours sont possibles au sein du parc : le fameux trek "W" qui contourne les montagnes par le sud (le chemin a une forme en "W" vu d'une carte) et le "circuit" qui forme un grand tour autour des montagnes. Le circuit contourne les montagnes par le nord avant de rejoindre le trek "W" au sud, la ou les chemins se confondent. Le trek "W" se fait communement en 4/5 jours alors que le circuit se fait en 8/9 jours (pres de 130 km de long) et permet d'avoir une vue plus imposante sur le glacier grey (mer de glace de 30 km de long). Laurent et moi nous sommes separes durant la duree du trek car je voulais m'essayer au circuit alors qu'il preferait faire le trek "W".


Avant de partir a la conquete du parc, il a fallu nous equiper dans la petite ville de Puerto Natales. Nous sommes restes dans un petit hostel pendant 2 jours ou l'atmosphere ressemblait a celle d'une grande famille. Il y avait beaucoup d'israeliens qui nous ont invite a bien mange puisqu'ils avaient cuisine un grand repas pour Shabbat et la famille qui tenait l'hostel etait tres souriante. Nous avons meme eu le droit a du gateau au chocolat pour le petit dejeuner, un luxe ! 
Pour cette randonnee, je me suis donc equipe de mon enorme sac a dos contenant une tente, un sac de couchage epais, des vetements chauds, une tenue de rechange, un rechaud, du gaz et de la nourriture (pres d'1 kg de riz, des boites de thon, du pain de mie, de la confiture et quelques fruits secs..) et 2 batons pour faire face au vent. En somme, il faut se trimballer toute sa maison sur le dos et la mienne pesait pres de 25 kg ! Il y a plusieurs campings payants le long du chemin (assez largement balise) ou l'on peut poser sa tente ; il est tres cher de dormir et de manger dans la refuge, voila pourquoi la plupart des jeunes bagpackers choisissent une methode plus ascetique mais bien plus conviviale : prendre tout avec soi. Le mois de mars n'est pas particulierement propice a cette randonnee car cela correspond au changement de saison : de l'ete vers l'hiver... Et comme cette region du monde a un climat austral, le temps peut litteralement changer en 10 minutes lorsque le vent se met a souffler.

A peine sorti du bus, je me retrouve en face d'un chemin interminable dont je n'ai aucune idee de la direction qu'il va prendre. Je me sens bizarrement un peu pomme en face de ce chemin desert... Mais il ne me faut pas longtemps pour apercevoir un autre compagnon de route, a ma gauche, qui semble tout aussi perdu. Il s'appelle Ignacio. A ce moment, on sait que l'on fera la route ensembles... On a tout de suite sympathise. On parle francais et espagnol car il se debrouille bien en francais... L'accent chilien est dur a saisir... Alors que je commencais a saisir ce que disaient les argentins, me voila reparti a zero, en ayant l'impression d'entendre une nouvelle langue depuis que nous avons debarque au Chili. Ignacio est tres interessant. Nous partageons la meme vision de la societe actuelle. Il pense a quitter l'agence de publicite dans laquelle il travaille pour realiser avec l'un de ses amis, un documentaire sur la vague immigrationniste des allemands et italiens en Patagonie qui a suivi la 2eme guerre mondiale. Rapidement, je me rends compte que je n'aurai pas assez de nourriture pour ce long trek. Ignacio me donne alors quelqu'unes de ses rations. Arrives le premier soir apres 20 km de marche, nous nous sentons harasses. Notre dos nous fait mal et nous avons plaisir a nous poser pour cuisiner... Lorsque Jean-Marc, un grand bonhomme, surgit d'une miniscule tente, avec un grand sourire... Il est chef de cabine pour Air France. Il ne passe pas inapercu : c'est l'un des seuls noirs que l'on peut croiser en Patagonie. Il sait en rire et nous aurons bien des debats passionnes par la suite ! Peu apres, Jose Luis nous rejoint. Il est plus reserve mais tres gentil. Ce sera la bande des 4 qui constituera le voyage !
Le deuxieme jour, a peine arrives, nous achetons un pichet de vin... Il nous faut peut etre un ou deux verres pour nous enivrer avec la fatigue... Des conversations enflammees s'ensuivent : notamment sur les modes de vie, sur la maniere d'etre heureux en restant "ecarte du systeme". Discours de jeunesse... discours idealistes... discours de comptoir peut-etre ! Jean-Marc qualifie ma philosophie de vie de neo-rural. Il a 40 ans et ne peut donc pas s'empecher de penser que je ne tiendrais pas les ideaux et les discours que je tiens aujourd'hui. Il a quelque part deja abandonne, je le comprends.
Le quatrieme jour, nous nous reveillons au petit matin (a 05 heures) apres avoir bien peu dormi... Je ressens ce matin la meme excitation que le jour de mon ascension au Kallah Patthar, au Nepal, il y a 2 ans. A 07 heures, nous commencons notre ascension dans la nuit, equipes de nos lampes frontales. Vers 11 heures, nous sommes en haut d'El Paso, le plus beau point de vue qu'offre le parc sur le glacier grey ! Le temps est magnifique ce jour-la, par chance ! L'horizon est degage, nous admirons le spectacle longuement avant d'aborder la descente... La descente dure pres de 5 heures et est difficile... Des marches d'escalier ont ete installees. Avec le poids du sac, les genoux et les muscles sont mis a rude epreuve ! Le soir, apres encore de longs debats animes, j'ai la stupefaction de ne retrouver que des sacs plastiques vides et dechires au pied de ma tente au lieu des 5 kg de nourriture que j'economisais parcimonieusement et que je transportais chaque jour... Nous parlions ce soir-la de l'espoir en l'homme, de l'humanisme. Je disais justement qu'abandonner tout espoir en l'homme revenait a renoncer et donc a se complaire dans ce mode de vie consumeriste... Jean-Marc me disait que l'on ne pouvait rien esperer de l'homme. Et le soir meme, ironie du sort, voila que toute ma nourriture est volatilisee ! Qui de l'homme ou du renard ? Nous en rions tous les 2 : je me plais a penser que c'est un renard alors qu'il pense a quelqu'un. Cela me fait penser a une sequence du film Match Point, signe Woody Allen... De quel cote du filet retombe la balle de tennis ? Analogie avec la bague, a la fin du film...
Le lendemain, je suis alle me plaindre de ma mesaventure au refuge. J'en profite pour quemander un peu de nourriture. Ils compatissent et m'offrent un bon repas avec des friandises, une orange, du jus de fruit...
Le jour d'apres (sixieme jour), Ignacio et Jose Luis nous quittent... Ils ont tous les deux, une elongation a la cuisse et sont KO. Ils se feront ramenes par bateau... J'ai alors l'impression que notre petite famille s'ebranle.
Le soir venu, je me sens epuise ! J'ai enfin l'impression d'avoir cotoye mes limites. J'ai parcouru seul pres de 30 km, avec plus de 1500m de deniveles dans la journee... Pres de 8 heures de marche, c'etait normalement 2 etapes. La journee etait extreme... Il a meme grele pendant l'ascension de la vallee francaise. Habituellement, les marcheurs font l'ascension sans leur gros sac mais j'ai prefere garder mon sac sur le dos... suite a "l'anecdote du renard", je n'etais plus tres confiant. A la fin, des crampes commencaient a me lancer... Je redoutais les descentes qui endolorissaient mes cuisses.
Le lendemain (septieme jour), apres quelques heures de marche, sous une pluie battante, je ressens une forte fievre... A une heure du point de vue du campement chileno, j'ai soudain la flemme de monter et de passer une nuit sous la pluie alors que ma tente n'avait pas pu secher de la nuit precedente... Je pose la question a Jean Marc qui m'aide alors a renoncer car je suis trop fier pour renoncer seul. Et nous voila a couper en courant a travers champs pour rejoindre le dernier bus. En l'espace d'une minute, nous avions change de plans et nous enfoncions jusqu'a mi-cuisses dans les tourbieres, sous la pluie... avant d'arrives finalement trempes dans le bus...
Cette experience du trek au parc du Torres del Paine fut surement la plus belle experience depuis le debut de ce voyage : des emotions intenses, de superbes rencontres, du partage, du plaisir, du depassement. J'ai besoin d'ecrire pour faire partager cette experience. Je suis trop heureux pour ne la garder que pour moi... En plus de notre petite famille composee de Jean-Marc, Ignacio et Jose Luis ; ce qui est amusant, c'est que nous rencontrions toujours les memes personnes, cote circuit. Il y avait :
- cette petite coreenne, journaliste (payee pour voyager = meilleur job au monde), qui arrivait toujours fraiche et pimpante a chaque refuge
- ce groupe de bresiliens, accompagnes d'un guide, qui ne se melangeaient pas
- ce couple d'americains... On devinait qu'elle n'en pouvait plus mais qu'elle suivait son copain, qui avait l'air de la tyranniser... mais elle semblait trop amoureuse pour s'opposer a lui
- et bien d'autres encore...
Si vous hesitez entre faire le trek W ou le circuit, je vous recommande le circuit bien plus tranquille ou les gens, que l'on y rencontre, sont pour la grande majorite des randonneurs aguerris... ce qui n'est pas le cas du trek W, ou les chemins sont egalement bien trop empruntes pour que l'on ait l'impression d'etre en Patagonie.

Photos de cette aventure : http://www.facebook.com/album.php?aid=389744&id=795438641&l=e895e0190c


Pictures

L1010979
 
 

4 Comments

Laurent:
March 21, 2011
c'est absolument passionnant... ça fait tellement rêver! J'ai jamais eu la chance de me retrouver confronter "seul" face à la nature lors des mes voyages.. dans un espace vierge de la civilisation.. Tu viens de me donner une sacrée idée :)
Vincent:
March 26, 2011
Merci!!! OUi, c'est grisant de se dire que tu peux t'eloigner de tout et vivre en autarcie, un court moment... Parcontre, il faut toujours savoir ou se trouvent les points d'eau ! (car sinon ca rajoute encore des bons kilos en plus)
Caroline:
March 29, 2011
Un bel article, et beaucoup d'émotions qu'on partage déjà en lisant ! Hate de pouvoir t'entendre nous raconter tout ça de vive voix!
Profites, tu nous manques!
agnès:
April 13, 2011
les photos de l'ile Chiloe sont splendides! Un air de Bretagne ou d'Irlande, cela a l'air très sauvage. Mises à part quelques vaches qui sont venues brouter devant vos vos tentes, vous n'avez pas dû être beaucoup dérangés.....
Fuzzy Travel · Next »
Create blog · Login