Au sombre héros de l'amer (des Caraïbes)

June 25, 2011 - San Blas Islands, Panama, Panama

Toutes les photos de la traversée: cliquer ici.

Il n'y a pas trente-six moyens de passer en Colombie en venant du Panama. La voie la plus naturelle pour un routard (et la plus étymologiquement correcte!) est la voie terrestre, mais l'immense territoire de jungle qui couvre l'est du Panama, et s'étend au-delà à l'intérieur de la Colombie est plus ou moins impraticable (pas de route goudronnée), et les fameux FARCs y sont, paraît-il, très présents. Enfin bon, je ne suis pas allé vérifier... Mais pour une fois je vais faire confiance aux autorités locales, hein! On oublie donc par la route.

Par la voie des airs on trouve des vols pas trop cher pour Bogota, mais dans la mesure du possible je préfère éviter ce mode de transport peu en phase avec mon voyage... et pas très fun! Je pourrais dire aussi pas très écolo, mais ce serait un peu démago et puis bon après on va rentrer dans des discussions sur la consommation d'essence par passager et par kilomètre parcouru... ça risque d'être un peu technique!

Reste la voie des mers, entre l'entrée nord du canal de Panama, et la ville colombienne de Cartagena: deux à trois jours de traversée non-stop sur la mer des Caraïbes. D'autant que sur ce même trajet, à quelques encablures de la côte panaméenne, se trouvent les fameuses îles San Blas, un archipel de plusieurs centaines d'îles paradisiaques, dont certaines se réduisent à un petit bout de terre de 5m par 5m, du sable, un cocotier, et... c'est tout. Les plus grandes sont habitées par une population indigène, les Kunas, qui ont su préserver leurs traditions, leur mode de vie, et leur indépendance (y compris politique) depuis toujours. Bref, tous les éléments sont réunis pour appâter le voyageur en mal d'authentique (ah! Ça c'est moi, ça!)... et pour développer un véritable business autour de cette traversée parait-il inoubliable. Concrètement, des dizaines de voiliers de toutes tailles font la route chaque semaine dans les deux sens, et il suffit de (se) pointer dans les hostels de Panama City pour avoir la liste des bateaux en partance dans les jours suivants. Très pratique!

Là où le tableau s'assombrit, c'est que cette combine commence à être sérieusement victime de son succès. Il y a quelques années, et pas tant que ça apparemment, la traversée fonctionnait sur un principe de donnant-donnant et de partage, comme c'est manifestement d'usage dans le monde de la plaisance: un équipage et un voilier sur le départ recherchent compagnie et équipier pour quelques jours, un routard recherche un moyen de transport original et une expérience en mer. Une petite annonce, on se rencontre, on se met d'accord, on partage les tâches à bord, la nourriture, la préparation des repas, l'essence, un petit bout de vie, et roule ma poule.

Aujourd'hui, avec l'explosion du tourisme dans cette région (et ce n'est que le début) l'équilibre a totalement changé, et on est sur un principe de service payant, avec de plus en plus de demande et du coup, de plus en plus de voiliers qui se dédient exclusivement à ce business lucratif, donc attrayant pour tous les vieux loups de mer du globe qui n'ont plus un rond en poche. Le package classique à présent est le suivant: 2-3 jours de cabotage dans les îles San Blas, puis 2 jours de traversée en pleine mer jusqu'à Cartagena, avec pension complète, snorkeling, visite des Kunas sur les îles, parfois même alcool à volonté... le tout pour 450$ (en basse saison!), soit deux fois plus qu'il y a quelques années. On est loin de l'esprit des débuts...

Le profil du backpacker classique s'étant aussi considérablement élargi et diversifié, certains (beaucoup) sont prêts à payer cette somme importante pour un voyage « les pieds sous la table, les fesses au soleil, et encore un verre de rhum svp! », d'autres recherchent au contraire des plans les moins chers possibles, peu importe la tronche du bateau et l'âge du capitaine (enfin, son état), et enfin certains (peu) recherchent juste une expérience en mer et un moyen de tranport original, quitte à filer un coup de main pour les tâches quotidiennes et la navigation. Bref, c'est devenu un peu la jungle, sans les FARCs certes, mais au vu des articles que l'on peut lire sur internet, dans les forums de voyage et autres blogs, certains capitaines ont des profils peu réjouissants: alcoolisme, drogue, misogynie... Et on peut lire nombre de récits d'incidents; la plupart se terminant bien, d'autres beaucoup moins...

Dans ce contexte, je ne suis donc pas prêt à poser mes fesses dans n'importe quelle coque en métal ou en bois, et mettre ma vie dans les mains de n'importe quel gugus! Je suis bien décidé à passer le temps qu'il faudra pour trouver un capitaine en qui j'ai confiance, et dont les commentaires sur internet ou via les discussions avec les autres voyageurs ayant déjà fait la traversée, correspondent à mes attentes: pas de drogue à bord, pas d'alcool (bon, ok, juste pour l'apéro alors), une expérience de navigation, un peu de technique, un partage humain, et une ambiance plus peinard que festive – ce qui permet de filtrer un certain type de voyageurs avec qui je n'ai pas envie de passer 5 jours sur 20m2!

Ajouté à cela le fait que je redoute très fortement d'avoir le mal de mer – bien qu'ayant grandi pendant les 19 premières années de ma vie à 100m du rivage du Grand Bleu... vous comprendrez que je me suis mis un peu la pression avec cette histoire!!

Je débarque donc avec un peu d'appréhension au terminal de bus de Panama City (comme au début de l'article précédent!), après avoir quitté Jordane et Ronan sur la Panaméricaine, un peu plus tôt dans la journée. Contigu au terminal, se trouve un immense centre commercial (la fierté des panaméen parait-il...), dans lequel je décide de faire un saut, ayant une petite course à faire. Ce mall est surdimensionné, je n'en ai jamais vu d'aussi grand, même aux Etats-Unis! Des centaines de magasins, des kilomètres de galeries, on est un minuscule pion au milieu de milliers de gens... et vlan!, je tombe nez à nez avec deux français, Jeanne et Sébastien, rencontrés trois semaines plus tôt à Boquete, à des centaines de kilomètres de là! La rencontre est d'autant plus rigolote et « à propos », que ce sont justement deux marins en herbe: il y a un mois ils ont rejoint le Panama depuis la France en voilier, sans aucune expérience préalable, en se greffant à un équipage, et ils sont sur le point de rechercher une nouvelle embarcation pour passer... en Colombie!! On décide naturellement de mettre nos efforts en commun, ça commence plutôt bien!

Autre coup du sort qui tombe à pic, en consultant mes mails je découvre un message d'une certaine Julie, qui se trouve être.... la soeur du chocolatier d'Antigua (Guatemala) sur lequel j'avais écrit quelques mots dans un des mes articles. Tout content d'apparaître sur Le Fil, il avait fait passer le lien à sa famille, et c'est ainsi que Julie m'a contacté, elle aussi étant une amatrice de voyage et d'Amérique Latine (et accessoirement de mon blog - c'est chouette et intimidant à la fois de voir que des gens que je ne connais pas me lisent!!). Et dans son message elle m'indique que si je traverse le Panama et que j'ai besoin d'un tuyau pour passer en Colombie, elle connait un super capitaine (Hernando) et sa femme (Maria), qu'elle a rencontrés il y a quelques années! Ah ben oui, ça m'intéresse, je note!

Le soir même je fais une recherche sur internet en tapant « sailing San Blas Colombia», et en y associant les quelques noms de voiliers dont j'ai entendu parler par ci par là, afin de lire les articles de voyageurs s'y rapportant. Mouais... c'est pas très réjouissant à première vue... Un des hostels de Panama m'a envoyé deux noms de bateaux en partance cette semaine... Un petit coup de Google et je découvre que les capitaines respectifs ont l'habitude d'accepter plus de passagers à bord qu'il n'y a de couchettes (et de gilets de sauvetage?), l'un est régulièrement saoul, l'autre est friand de blagues très tendancieuses sur les femmes. Ajouté à cela des physiques et des caractères de pirates... Ca semble faire rire l'auteur de ces articles, mais moi... pas trop. Le catamaran de Hernando et Maria en revanche a l'air plutôt chouette, avec de bons commentaires, et je me dis que sur un catamaran ça doit un peu moins bouger que sur un monocoque!

D'autre part, une américaine croisée quelques jours plus tôt sur la route de Santa Catalina, et qui a fait un séjour de ce type aux San Blas, m'avait raconté son histoire, digne des films d'aventure: elle avait du demander au capitaine de son bateau de la débarquer sur une île presque déserte, celui-ci étant odieux avec elle. Elle avait alors était « sauvée » par un autre capitaine croisant par là avec son voilier, qui l'avait trouvée là, désespérée avec ses bagages sur une plage de sable (on frôle la fiction!!), et qui l'avait donc embarquée avec lui sur son bateau, le Sailing Koala. Elle m'a donc donné le contact de Fabian, son sauveur, en me le recommandant chaleureusement (tu m'étonnes!), et une rapide recherche sur internet semble montrer qu'il a de bons commentaires lui aussi... Bien, c'est une autre piste à creuser!

Enfin, j'ai eu très brièvement des nouvelles de mes amis Fabienne, Arnaud et Greg, qui m'ont précédé de quelques jours, et qui viennent d'embarquer sur un voilier en ayant durement mais brillamment négocié le prix à 330$ par tête, au lieu des 450$! Je suis sûr qu'Arnaud a encore fait des merveilles! Fabienne m'indique qu'en ce moment les voiliers au départ de Panama sont vides, et que les capitaines sont pressés de rentrer à Cartagena pour récupérer du monde. Intéressant! Bon, 330$, c'est mon objectif, j'ai la pression!...

Le lendemain matin nous nous retrouvons donc avec Jeanne et Seb dans le principal hostel de Panama City qui met en relation des voyageurs avec des voiliers en partance... moyennant une petite commission bien sûr (25$), au moment de la réservation. Le gars de l'hostel nous remet une liste à jour des voiliers, pas moins d'une demi-douzaine ont prévu un départ dans les 4-5 prochains jours. Et parmi eux figurent justement le Sailing Koala, ainsi que le catamaran de Hernando et Maria. Coup de chance, ces derniers se trouvent être à l'hostel ce matin-là, en pleine séance de recrutement!

Nous nous rencontrons donc. Hernando, la cinquantaine, barbe blanche et cheveux blancs longs légèrement frisés, peau mâte, visage ridé et marqué par le soleil, regard bleu transparent, une canne, une jambe qui défaille... le vieux loup de mer comme dans les films! Il me serre la main en posant sa main gauche sur nos deux mains droites réunies, et plonge son regard transparent dans le mien pendant une fraction de seconde, comme pour scruter mon âme... Bon ben j'en profite pour scruter la sienne également! Il propose alors qu'on s'assoit pour faire connaissance, et nous a déjà commandé une bière chacun. Opération séduction, c'est parti!!

Etant le plus à l'aise des trois en espagnol (tout est relatif...), je prends donc la parole et débute mon petit argumentaire (en le regardant bien dans les yeux, bien sûr!): voilà, nous sommes trois, voulons passer en Colombie sur un bateau, sommes prêt à aider, à apprendre, mais avons un budget limité... et bien entendu d'autres pistes! En d'autres termes, nous avons très envie de partir avec eux (je leur dis que Julie est une amie et me les a recommandés), mais pas pour 450$! Waow, je réalise que je suis en train de débuter ma première négociation commerciale en espagnol! Chose inimaginable il y a quelques années, comme quoi mon passage à Genève m'a donné quelques armes dans ce domaine... Bien sûr il me voit venir, je ne dois pas être le premier moussaillon à tenter de baisser le prix, et il me sert d'une voix douce et profonde tous les avantages à voyager avec eux (gros catamaran, stable, gros moteur, bonne nourriture... mince, il sait comment me parler!!) et insiste sur le fait que si je veux voyager pour 200$, je vais trouver, mais je ne suis pas sûr d'arriver à bon port! Il en a pour preuve... la jeune colombienne qui se trouve justement à quelques mètres de nous, et qui nous raconte qu'elle vient juste d'arriver de Cartagena dans la navette de secours des militaires, car le voilier dans lequel elle était s'est échoué sur un massif de corail au large des San Blas, le capitaine imbibé d'alcool dormant à ce moment-là et la barre étant entre les mains d'un backpacker n'ayant aucune idée de là où ils se trouvaient!! Aïe, Hernando marque des points avec ce témoignage (à moins qu'il l'ait payée?... ;-)) et c'est tout naturellement qu'il me confirme que le prix c'est... 450$, mon bon ami, pas moins!

Bon, bon, bon, une négociation ça dure plusieurs jours je me dis, on échange nos numéros, on dit qu'on va réfléchir (« mais sûrement pas pour ce prix-là! »). On se rappelle, c'est ça.

Debriefing avec Jeanne et Seb... Ils nous ont fait très bonne impression, ont l'air adorable tous les deux, le bateau a l'air très chouette, mais pour mes deux amis il est hors de question de mettre plus de 200$ dans cette traversée! Ah! Je crois que ça va pas être possible, là... Pour ma part je vise dans les 300-350$... mais si je suis seul au lieu de trois, c'est pas gagné.

Nous décidons alors de nous rendre directement à l'une des marinas de Panama, en espérant croiser un équipage de plaisanciers prêt à nous prendre avec eux, pour beaucoup moins cher évidemment. Mais ce n'est pas du tout la saison de ce type de traversée, les vents n'étant pas favorables en ce moment, et nous ne rencontrerons personne, sauf ce couple de français sur le point de partir pour... les Galapagos! Je sens que Jeanne et Seb sont sur le point de me lâcher, et de partir avec eux... Nous n'avons en fait pas du tout les mêmes objectifs et contraintes. Ils préfèrent en fait rester des semaines à Panama pour trouver LE bateau sur lequel ils pourront naviguer, sans rien payer de plus que les coûts, et peu importe la destination finale: Galapagos, Chili... Pour ma part je ne veux pas trop moisir ici où la vie est plutôt chère, et mon objectif est de rejoindre la Colombie d'ici deux semaines maximum pour accueillir mon copain Olivier, avec lequel nous avons prévu de voyager une dizaine de jours. Le divorce semble prononcé...

Un coup de fil à Fabian, le capitaine du Sailing Koala. Le contact passe bien, il me fait bonne impression et avoue qu'il n'a personne pour l'instant mais qu'il souhaite partir dans 2-3 jours maximum. On ne peut pas se rencontrer malheureusement car il est déjà sur la côte nord, près de son bateau, à une journée de transport de Panama... Concernant le prix, il propose de me le faire à 375$, que je baisse laborieusement à 350$ (pas de frais de commission pour les hostels). Ca semble pas mal, mais j'ai un peu peur de me retrouver pendant cinq jours tout seul avec un capitaine que je ne connais pas... quoique en même temps je me dis que ça peut être une sacré expérience aussi, cinq jours en mer avec un capitaine colombien sur son voilier!

Les deux jours qui suivent seront assez inconfortables nerveusement, à hésiter entre ces deux options, les autres bateaux en partance ne me tentant pas du tout, faute d'informations ou de retours positifs des autres voyageurs. J'attends avec impatience un coup de fil de Hernando m'annonçant qu'il est prêt à baisser le prix, mais ce coup de fil ne viendra jamais. Je le rappelle la veille au soir de son départ (allez, je lui laisse une dernère chance!), il a toujours de la place sur son bateau... mais refuse toujours de baisser le prix d'un centime!! Dur en négo le vieux loup de mer!! Tant pis pour lui (ou pour moi, je ne sais pas...), je prends finalement ma décision, et je dis oui à Fabian et au Sailing Koala, pour 350$. Entre temps un autre couple a également donné son accord, je ne serai donc pas seul avec lui, et c'est peut-être pas plus mal! On fixe le départ au surlendemain car je dois récupérer quelques affaires restées chez Antoine, le frère de Ronan.

Derniers jours à Panama City, je me prépare psychologiquement et physiquement pour la traversée (oui, oui, ça m'angoisse un peu!), gros dodo, petit footing sur le front de mer face aux gratte-ciels, achat d'un livre (en espagnol!) à lire sur le bateau (hum, je suis peut-être un peu optimiste, là), et surtout passage à la pharmacie pour acheter les comprimés anti-mal de mer recommandés par Fabian. Entre temps je retrouve Jordane et Ronan à mon hostel, qui eux ont signé pour une croisière de 2-3 jours « tout compris » dans les San Blas sur un voilier de luxe, avec liaison en avion, et un prix, hum, un peu plus élevé que le mien... On ne joue plus dans la même catégorie là! ;-)

Le jour du départ je me rends sur la côte nord du pays après un trajet de plusieurs heures dans un taxi-4x4 à travers les montagnes du Panama. Ca tourne et ça bouge dans tous les sens, mais la côte Caraïbes est enfin en vue! Là, au village de pêcheurs de Carti, une petite barque à moteur m'attend, et m'amène jusqu'au voilier de Fabian, le Sailing Koala, qui mouille dans un paysage de rêve juste à côté d'une petite île. Soleil, sable blanc, cocotiers, mer turquoise transparente... on y est!

Mon sens de l'observation sur-développé(!) remarque immédiatement que... ce n'est pas un catamaran comme j'avais pu voir sur son site internet, mais un tout petit monocoque de 31 pieds, et pas flambant neuf... Je monte à bord avec mon gros sac, ça bouge, je titube... ouh là, je n'ai pas encore le pied marin moi! Il m'offre un café, on discute un peu, il a l'air plutôt sympa, la quarantaine, bronzé, rigolo. Quelques instants plus tard apparaissent Tom et Roxane sortant de leur cabine (enfin... de LA cabine, la seule et unique), c'est le jeune couple avec qui je vais partager cette traversée. Belges flamands, ça va, j'ai plutôt des affinités avec ces gens-là généralement, on devrait bien s'entendre!

Je quitte mes chaussures et mon pantalon, et revêts mon costume de traversée pour les 5 prochains jours: maillot de bain, chapeau, et un tshirt à portée de main au cas où! Un coup d'oeil à l'intérieur du bateau, c'est très... petit et spartiate!

Le temps de faire un plouf pour me rafraichir, plusieurs petites barques de pêcheurs Kunas passent à côté de notre bateau, Fabian connait tout le monde, il achète une conque et un poulpe, ce sera la base de notre déjeuner du midi, délicieux!! Il en profite aussi pour draguer un peu l'une des filles sur une pirogue, un vrai latino le capitaine!

En discutant avec Tom et Roxane, je réalise alors qu'ils sont sur le bateau depuis déjà 24h... Tiens, c'est bizarre. Fabian m'avait dit qu'on pouvait partir un jour plus tard si je le souhaitais, mais il n'avait pas précisé que cela me retirerait un jour de San Blas?! Pas très fair play ça... Je note...

Je réalise aussi assez rapidement que le rythme de ces prochains jours sera beaucoup plus peinard que ce dont j'ai l'habitude... La mer est très calme entre les îles, mais je n'ose bouquiner mon livre de peur d'être malade. Restent la baignade, le snorkeling (mais après la journée à Santa Catalina, je ne trouve pas qu'il y ait beaucoup de vie sous-marine ici! Allez, quelques petites raies pour se distraire malgré tout), un petit kayak de mer accroché au bateau et que l'on peut utiliser pour se balader, et... le farniente sur le pont (minuscule). Bon, ok, c'est le rythme de la vie sur un petit voilier, et je n'ai pas trop l'habitude, moi qui suis plutôt du genre « actif »! Du coup je prends le kayak et fais trois fois le tour de l'île, et de celle d'à côté aussi tant que j'y suis. Comment dire... j'ai que ça à faire!

Pendant trois jours nous allons mouiller à proximité de petites îles magnifiques, parfois avec les montagnes du Panama en toile de fond, changeant de spot à deux reprises seulement car je soupçonne Fabian de vouloir rester uniquement aux endroits où il capte du réseau avec son Blackberry. On est certes dans un décor de carte postale... mais je trouve que les journées sont longues malgré tout... pas grand chose à faire!

A vivre en vidéo: cliquer ici.

Je sais que je n'ai jamais été un grand fan des journées à rien faire sur la plage, et d'autant plus sur un tout petit bateau où je tourne rapidement en rond! Heureusement le courant passe très bien avec Tom et Roxane, très rigolos tous les deux, et chacun met la main à la pâte pour toutes les tâches à bord, entre la préparation des repas et la vaisselle - Fabian se déchargeant beaucoup sur nous, il faut reconnaître.

J'ai apporté une bouteille de vin rouge que l'on partage autour d'un dîner, après que Tom et Roxane nous ont servi un petit apéro à base de rhum. A ma grande surprise je ne dors pas si mal ces deux premières nuits de mouillage, malgré l'étroitesse de la couchette, et le tangage du bateau.

Ainsi s'écoule le temps sur les San Blas... Malheureusement nous n'aurons pas vraiment l'occasion de rencontrer et d'échanger avec les Kunas... Tout au plus irons nous déjeuner un poisson frais grillé sur l'une des îles, mais sans parler avec qui que ce soit... sauf Fabian qui essaie de me brancher avec la fille de la maman, avec qui visiblement il n'arrive pas à conclure depuis plusieurs semaines (la fille, pas la maman!).

Fabian... Il est sympa, serviable, rigolo, mais on le sent un peu ailleurs parfois, pas vraiment avec nous. Il passe en fait le plus clair de son temps à faire la sieste ou à jouer avec son blackberry pour chercher sa future voiture 4x4 sur internet, et échanger des sms avec (on suppose) sa petite amie de Cartagena. Il ne cesse de nous répéter d'en profiter avant la grande traversée (sous-entendu on n'en profite pas assez??), mais fait peu d'effort pour échanger avec nous. Quant au repas, à part ce premier déjeuner délicieux, pour le reste ce sera pâtes sauce tomate, et tortillas avec du riz et des légumes. Un peu décevant au regard de ce qui est servi sur d'autres voiliers... ou de ce qui passe sous nos yeux dans les barques de pêcheurs!

L'après-midi du troisième jour nous levons l'ancre depuis notre dernier archipel pour débuter la traversée en pleine mer, destination la Colombie. Mais tout comme ces derniers jours, il n'y a pas un souffle de vent, et nous naviguerons pendant 40 heures au moteur... Peuf, peuf, peuf, peuf.... Pas très sexy tout ca! (voir cette petite vidéo: cliquer ici). D'autant qu'au bout d'1h, un gros catamaran nous double à toute vitesse... c'est le bateau d'Hernando et Maria!! Youhouuu, les amis!..... snif.

En prévention j'avale un comprimé contre le mal de mer, bien que pour l'instant je n'aie absolument pas senti le moindre inconfort ni eu la moindre nausée à cause du roulis et du tangage (et vous? Avez-vous le mal de mer? Vérifiez avec cette vidéo: cliquer ici). Dès que nous passons la barrière de corail, la houle devient beaucoup plus forte, et je réalise que nous sommes enfin en mer... pour de vrai! Le temps est calme, couvert, mais notre bateau paraît minuscule et fragile au milieu de ces vagues immenses sur lesquelles nous semblons rouler. C'est impressionnant à vrai dire.

Le jour tombe rapidement. On sent Fabian un peu plus tendu que les jours précédents, bien qu'il soit extrêmement content d'avoir réparé son pilote automatique. Il nous explique alors que nous allons devoir nous relayer chacun pendant 2 heures, la nuit, pour surveiller les immenses navires porte-containers que nous allons croiser, et qui bien sûr ne nous voient pas, afin d'éviter toute collision. A la moindre alerte, au moindre doute, nous devons le réveiller. Il insiste sur le fait que c'est une grosse responsabilité, mais finalement je trouve ça rassurant et professionnel de sa part. Ne pas sous-estimer les dangers potentiels, c'est plutôt dans mon tempérament!

Cette nuit-là mon premier quart arrive lorsque Tom me réveille vers 23h30. J'ai dormi 2-3 heures, pas trop mal, malgré l'excitation, l'appréhension, et le bruit du moteur continu et assourdissant dans la cabine. On échange à peine deux mots, il part se coucher, Fabian se lève juste deux minutes pour voir si tout va bien, et repart lui aussi dans la cabine pour dormir. Me voilà seul derrière la barre (contrôlée par pilote automatique, ça va, je devrais y arriver!), et je commence donc à scruter l'horizon bien noir, à la recherche d'une petite lueur indiquant la présence éventuelle d'un navire. Je n'en verrai aucune pendant mes 2h de quart, et la difficulté de l'exercice réside surtout dans le fait que très rapidement le sommeil (et l'ennui) vous rattrape. Par chance cette première nuit, le ciel est à peu près dégagé et la lune sort au bout d'une demi-heure, au milieu des étoiles. C'est magnifique. Je me lève, je marche (ou plutôt je titube, ça bouge pas mal), j'essaie de garder la tête à l'air frais pour lutter contre le sommeil, je bois régulièrement. Une envie de pipi me prend subitement (attendez, ça va devenir intéressant, je vous assure), je n'ose quitter mon poste pour descendre dans les toilettes de la cabine, alors je monte sur le pont sur le côté du bateau, je m'accroche aux haubans avec les bras, je me cambre pour ne pas uriner sur la coque, un pied dans le vide. Très acrobatique tout ça! Ca bouge quand même beaucoup, et je réalise alors que ce ne serait vraiment pas le moment de tomber à l'eau, car personne ne s'en rendrait compte... Petit coup de flippe.

Je suis là, en pleine séance de « soulagement d'un besoin naturel», lorsque tout d'un coup une ombre passe sous moi, à toute vitesse, puis une autre. Un frisson me traverse l'échine! Un aileron... ouh là là!.... Des dauphins!!! Quelle surprise incroyable, et le décor s'y prête parfaitement. Je les regarde jouer devant la proue pendant une dizaine de minutes, sous la lune et les étoiles, un ravissement!

Mon quart se termine, la dernière demi-heure a été particulièrement difficile, Morphée et le marchand de sable ayant uni leurs efforts pour m'attirer dans le pays des rêves... Je réveille Fabian, et prend sa place sur la petite couchette. Bouchons d'oreille, dodo en 2mn chrono....

Je me réveille au petit matin, Tom a terminé la nuit, Fabian est levé. Voyant que je suis bien réveillé, tout le monde repart se coucher et me laisse là, à surveiller le bateau. Dehors, il pleut des trombes d'eau, on ne voit pas à deux mètres, mais le vent est toujours aussi nul (à voir en vidéo: cliquer ici). Je réalise que je n'ai pas du tout le mal de mer, et j'en suis bien content. Les effets du médicament peut-être... La journée se passe lentement, il n'y a rien à faire, pas question de lire toujours, le temps est maussade... Alors je fais comme tout le monde, la sieste... encore et toujours.

Et quelques vidéos (cliquer ici)!

Ca s'éclaircit enfin dans l'après-midi, alors que le soleil décline vers l'horizon. La surface de l'eau est incroyablement plate, une vraie mer d'huile... Je regarde autour de moi à 360 degrés, et réalise que pour la première fois de ma vie je suis en pleine mer sur une toute petite embarcation, avec de l'eau à perte de vue, de tous les côtés... On n'est que peu de chose, vraiment... (encore une vidéo: cliquer ici!).

Chacun se prépare pour sa deuxième nuit. Cette fois-ci je vais commencer mon premier quart vers 21h. Cela passera relativement vite car j'aurai la « chance » d'apercevoir deux gros navires, qui du coup m'occuperont bien l'esprit et le regard pendant un moment. Lumière rouge ou lumière verte, ou les deux ensemble... Fabian m'apprend à déterminer dans quelle direction va le bateau, et si il représente un danger pour nous ou pas. Je modifie un tout petit peu la course du bateau via le pilote automatique (initiative!!), pour bien passer à l'arrière d'un énorme porte-container à quelques centaines de mètres de nous. Cette fois-ci j'ai également pris mon iPod et ma musique, afin de ne pas succomber à l'ennui et au sommeil. Et pour être sûr de ne pas m'endormir, je suis debout sur le pont du bateau, cheveux au vent, et je chante et je danse sous la lune et les étoiles. C'est mon moment préféré de la traversée, un moment hors du temps...

Aaaal-wayyyys!! Lost in the seaaaa!!.......

Mon deuxième quart a lieu au petit matin, j'ai droit au lever de soleil, je suis seul maître à bord, c'est la libertéééé! (à voir en vidéo: cliquer ici - notez comme je fais bien semblant de m'occuper, alors qu'il n'y a rien à faire!)

Le lendemain en milieu de matinée nous apercevons enfin la terre. Une petite brise favorable s'est levée (enfin!), la grande voile se gonfle un tout petit peu, le bateau penche sur le côté, rien de très sportif, le moteur tourne toujours, mais bon ça ressemble enfin à un voilier!

J'avoue que j'ai hâte de poser pied à terre, après 5 jours sur ce petit bout de bois. Vous l'aurez compris à travers ce récit, mon sentiment est assez mitigé. Je suis content de l'avoir fait pour l'expérience d'une première traversée sur un petit voilier en "haute"-mer, et en particulier ces quarts en pleine nuit, seul, au contact des éléments. Je suis content de ne pas avoir été malade malgré la houle (même pas eu besoin de prendre de comprimés les deux derniers jours). D'autre part, Tom et Roxane ont vraiment été adorables, et le voyage peut vite tourner au cauchemar si on n'est pas en bonne compagnie. Les San Blas sont magnifiques... mais ce type de paysage carte-postale, tant vu en photo, ne me touche pas tant que ça (désolé je fais mon blasé).

Finalement je trouve que cela ne vaut pas les 350$ que j'ai payés. La nourriture était vraiment basique, voire insuffisante parfois (merci à Célia pour la livraison du chocolat Côte d'Or via Ronan et Jordane, j'ai survécu grâce à ça!). Quant à Fabian, il a certes était professionnel et sérieux, mais on ne peut pas dire qu'il ait vraiment partagé quoi que ce soit avec nous, trop occupé avec son blackberry ou à dormir. J'aurais aimé un peu plus d'action, car décidément j'ai beaucoup de mal à ne rien faire pendant autant de temps, et sur un lieu de vie aussi réduit. Quant à l'absence totale de vent... bon, ça c'est la nature, on n'y peut rien! Dommage, j'aurais aimé apprendre à faire un peu plus de choses sur un voilier... Expérience à renouveler, donc?

Toutes les photos de la traversée: cliquer ici.

PS: Jeanne et Seb ont finalement embarqué sur un voilier 2 semaines plus tard, direction... le Chili!

A l'approche de Cartagena on découvre des gratte-ciels récents, des plages, et une ville qui semble bien plus grande que ce que je m'étais imaginé. La Colombie, enfin. J'ai hâte de découvrir cette terre, tant encensée par nombre de voyageurs, mais dont la réputation en Europe est toujours aussi effrayante... Cali, Bogota, Medellin... autant de noms qui font froid dans le dos, et auxquels on ne peut s'empêcher d'associer les termes de drogue, FARCS, para-militaires, enlèvements...

Comme Mexico City il y a quelques mois, je sens que quelques préjugés vont tomber dans les semaines qui viennent! Allez, je me jette à l'eau! ;-)


1 Comment

Virginia de Bordeos:
August 4, 2011
La suite, la suite, la suite ...
Excellent la mer d'huile. Qu'une chose à faire, méditer !!! :o)
Fuzzy Travel · Next »
Create blog · Login