Colombie: là où le touriste n'est pas, tu iras

July 6, 2011 - Cartagena, Colombia

Fouyouyou..... Ca devient réellement de plus en plus difficile d'écrire, et de sortir un article... Le goût d'écrire est toujours là, même si je dois me donner un bon coup de pied au c... pour m'y mettre. Il m'est impossible d'écrire 5mn par ci par là, dans un terminal entre deux bus, sur un canapé avec l'ordi sur les genoux, dans mon lit... J'ai besoin d'un endroit calme, de temps, et bien sûr je dois me sentir reposé... et inspiré! Et ça, ça n'arrive pas tous les jours! L'autre difficulté que j'ai, est que puisque je prends de plus en plus de retard dans la rédaction de mes histoires, les impressions, les sentiments, les pensées, s'estompent peu à peu avec le temps. Ne reste que les « actes », les faits, mais je trouve que mes articles perdent tout leur intérêt si il ne s'agit que de raconter ce que je fais au jour le jour.

Ces dernières semaines en effet ont été plutôt chargées, en partie car je ne voyageais pas seul, les journées étant bien optimisées. J'avais envie d'avancer aussi, et de découvrir l'Amérique du Sud. Difficile de trouver une journée ou une demi-journée de pur repos, pour écrire... et honnêtement les quelques fois où j'aurais eu le temps, je n'ai pas eu l'envie (ou le courage?) d'écrire dans le « passé », je préférais la communication et les échanges présents, via Skype, Facebook, le mail, et l'actualité sur internet.

Ces derniers temps je me suis rendu compte que l'écriture d'un article, qui couvre généralement une période de quelques jours à 2-3 semaines, me prends une journée entière de rédaction pour sortir un « brouillon » d'environ six pages, puis encore une bonne heure pour la relecture, les corrections, etc. En parallèle je retraite toutes les photos que je prends, je trie, j'élimine, je recadre, j'ajuste luminosité et contraste. Rien de très professionnel, mais le strict minimum de retouches toutes simples avec l'outil gratuit Picasa. Une centaine de photos par « chapitre » habituellement. Si j'ai pris quelques vidéos ou enregistré quelques sons, je dois les compresser et modifier le format afin que mon blog les accepte, en utilisant des petits logiciels gratuits disponible sur le net. Puis lorsque tout est prêt, je peux alors télécharger tout ça sur le blog et sur mon espace de stockage de photo (Picasaweb, allez les voir ces photos!!), et là... tout dépend de la qualité de ma connexion internet! Ca peut prendre des plombes...

Enfin (eh non, c'est pas fini!), j'intègre sur mon blog le texte avec quelques photos (en allant tripatouiller dans le code html pour que ça sorte plus joli...), et je crée les liens hypertextes vers mes albums photo de Picasaweb, ou vers les vidéos et les sons.

Ah oui, j'allais oublier: avant de publier, une dernière relecture à tête reposée (le lendemain si possible...), afin d'éliminer les coquilles, fautes d'orthographes et de grammaire... sous peine de remontrances de la part de certaines d'entre vous (elle se reconnaitra!).

Vous additionnez tout ça, ça fait presque deux jours entiers de boulot pour un article tout beau tout propre avec les photos qui vont bien, les vidéos, les sons. Et en plus il faut que la qualité soit là... et que j'ai des choses à raconter!

Vous imaginez bien aussi que dans ces moments de création (non, non, le mot n'est pas trop fort), je ne suis pas très sociable avec mon entourage. Mais bon, c'est un choix, ce blog fait réellement partie de mon voyage, et j'y tiens autant pour vous qui me lisez (merci!!) que pour moi.


Bon, c'est pas tout ça, je m'étale, je m'étale, je fais du volume (des lignes), mais j'ai toujours autant de choses à raconter!

Alors, on en était où? Ah oui! Je viens de poser pied à terre après ma petite traversée « La croisière s'amuse (ou pas) dans les Caraïbes ». Je suis, ou plutôt nous sommes à Cartagena, en Colombie, en compagnie de mes nouveaux amis belges Roxane et Tom. Je dispose d'une grosse semaine pour visiter cet endroit, en effet un ami toulousain (enfin, autant toulousain que moi!), Olivier, débarque ici dans une dizaine de jours pour partager un petit bout de route ensemble. Bon, j'ai dix jours devant moi pour visiter Cartagena... ça devrait aller! Voire même c'est un peu trop! Vous me direz, j'aurais pu en profiter pour rattraper le retard sur mon blog, ça vous aurait évité de lire ma longue introduction « Calimero » ci-dessus, et je ne serais pas en train de me prendre la tête sur oh-mon-dieu-qu'est-ce-que-je-vais-bien-pouvoir-raconter.

Toutes les photos de Cartagena: cliquer ici.

Cartagena, donc.

Grande ville de plus d'un million d'habitants sur la côte nord-ouest de la Colombie. Je n'imaginais pas un truc aussi grand... En arrivant par la mer, la première chose que l'on voit ce sont ces grands immeubles type gratte-ciels sur une petite péninsule, avec grandes plages, scooter des mers, etc. Genre Miami ou Rio de Janeiro, au choix. Bon. Mais Cartagena c'est aussi et surtout son centre historique colonial, fortifié, qui attire bon nombre de touristes, dont je suis. Et je dois avouer qu'elle est plutôt belle cette partie de la ville.

Ca me remet un peu dans l'ambiance des villes coloniales du Mexique, avec ces façades de couleur bien rénovées, ces rues un peu plus étroites, ces balcons en bois, ces petites placettes. De belles églises, des couvents reconvertis en hôtels de luxe, des cours intérieures et des patios magnifiques. Du blanc, du bleu, du jaune, de l'orange. Un vrai régal pour les yeux et la photo, ça faisait longtemps que je n'avais pas mitraillé comme ça (… et du coup plein de boulot derrière pour retravailler tous ces clichés, damned!!).

On va passer ainsi quelques jours à flâner dans les rues du centre historique, à s'assoir à la terrasse de cafés, à admirer les couchers de soleil sur les Caraïbes le soir du haut des remparts, à regarder les spectacles de danse dans la rue (ambiance créole), à acheter et marchander les fruits et légumes aux vendeurs ambulants dans la rue. Petite vidéo prise sur une petite place: cliquer ici.

Tom et Roxane sont vraiment adorables, simples, joyeux, intéressants, attachants. Ils ont tous les deux un côté clown-sensible que j'adore... peut-être parce que je m'y retrouve un peu! Allez, je vais à nouveau me lancer dans une généralisation de nationalité, mais je dois avouer que je n'ai jamais été déçu par tous les belges croisés pendant ce voyage (ni avant d'ailleurs!). Bien sûr on est proche culturellement, malgré la différence de langue. Tom et Roxane sont d'Anvers (donc flamands), mais Roxane est parfaitement bilingue, et Tom se débrouille aussi très bien en français - cela dit, on communique en anglais! Et puis je ne sais pas, la petite taille de leur pays, et le faible nombre d'habitants, font qu'ils ont tous une humilité et une simplicité naturelle très attachante. Le coq français pourrait en prendre de la graine! (bien qu'il en mange tous les jours, de la graine, le coq!... hum, bon, ok, j'ai tenté la blague).

Tom et Roxane travaillent tout deux dans le social, en Belgique. Lui est éducateur spécialisé et encadre des jeunes en difficulté, la plupart pour des problèmes de drogue. On va discuter longuement de son boulot, bien sûr ça m'interpelle. Il me raconte son quotidien, les petites victoires et les grandes désillusions. Et puis l'attachement qui se crée avec les jeunes, nécessairement, et le risque pour eux de tomber dans la dépendance relationnelle, dans l'assistanat. Tom reconnaît que c'est difficile, il y passe beaucoup de temps et d'énergie, sans compter, loin d'un travail de bureau routinier. Mais je sens qu'il est très attaché à ce qu'il fait, et sans parler de vocation je pense que ce n'est pas donné à tout le monde de supporter une telle vie professionnelle. Vous l'aurez compris, je suis admiratif et j'ai un respect immense pour ces personnes qui dédient une grosse partie de leur vie à ceux qui en ont besoin.

Mais revenons à Cartagena. La vitrine est belle, donc. Propre, colorée. Calme les weekends, animée pendant la semaine car habitée et commerçante. Il subsiste une vraie vie locale, plutôt aisée. Mais ce n'est qu'une infime partie de cette très grande ville, et il suffit de parcourir quelques centaines de mètres dans la direction opposée des remparts, sortant ainsi du quartier des backpackers, pour découvrir une autre facette de Cartagena.

A quelques pas de l'hostel, se trouve une toute petite place, la Plaza de la Trinidad. Peu de touristes y passent, ce n'est pas le chemin normal pour se rendre dans la ville fortifiée. Sur cette placette règne une ambiance très... authentique, et il suffit de s'y arrêter quelques instants, de s'assoir sur l'un des bancs en regardant autour de soi, pour s'en rendre compte.

Un vieux qui lit son journal, deux hommes qui font une partie d'échec sur un banc, une dame qui nettoie devant sa maison, deux policiers en faction qui taillent une bavette avec la vendeuse de jus de fruits frais, un marchand ambulant qui pousse sa petite carriole de fruits et légumes. Et puis d'autres personnes qui sont là, sans rien faire de spécial, ils sont juste là. Un vraie ambiance de quartier, tout le monde semble se connaître.

Et comme je reviens à plusieurs reprises moi aussi, je reconnais quelques visages. Le soir les enfants se réunissent jusqu'à tard, pour rigoler, pour jouer (au foot, surtout), mélange de filles et de garçons, de minots et d'ados. Les grands, eux, sont entassés dans la petite épicerie qui fait l'angle pour regarder sur un tout petit écran de télé installé en hauteur la Colombie faire match nul contre l'Argentine (c'est un peu comme une victoire!), un soir de juillet, à l'occasion de la Copa America (équivalent de notre championnat d'Europe de foot, en Amérique du Sud). J'adore cette ambiance, je m'y sens bien, et je m'y fonds sans aucun problème, sans attirer sur moi le moindre regard hostile ni même méfiant. Personne ne cherche à me vendre quoi que soit. C'est cette image du centre historique que je retiens, peut-être parce que la majorité des touristes ne la verront jamais...

Toutes les photos de Cartagena: cliquer ici.


Dans un style complètement différent, nous allons vivre aussi une expérience assez unique, dans un petit village à moins de deux heures de bus de Cartagena. Sur les conseils du jeune gars de la réception de notre hostel, nous nous rendons à Bayunca pour assister à la feria annuelle! Le trajet en lui-même est déjà tout un poème, serrés comme des sardines dans un vieux bus puant et polluant, au milieu des locaux qui nous demandent surpris ce que l'on fait là, genre « vous vous êtes perdus??! ». La traversée de Cartagena jusqu'au terminal de bus en périphérie de la ville permet surtout de voir le vrai visage de cette agglomération: pauvreté, saleté, poussière, bruits, odeurs, bouchons, désorganisation totale. Cela reste une grande ville d'Amérique Latine, comme ses cousines d'Amérique Centrale.

Après une heure de bus en dehors de la ville, impossible de louper l'arrêt « Bayunca », la route principale est littéralement bouchée dès l'entrée du village par des milliers de personnes. Sono à fond (à vous faire décoller les tympans), baraques à frites et bars d'extérieur construit pour l'occasion au milieu d'un champ de boue, et bien entendu l'alcool qui coule à flot. Une grande majorité de ces messieurs-dames sont déjà bien bourrés de chez bourrés – faut dire il est déjà 15h! Petit détail, la couleur de peau prédominante est sérieusement plus foncée que dans le centre touristique de Cartagena! On n'est pas loin de la côte Caraïbes.

Nous nous dirigeons vers l'arène en bois visiblement construite pour l'occasion (en d'autres termes, je doute qu'elle réponde à toutes les exigences de sécurité en vigueur en Europe!!), et on se rend vite compte que nous sommes absolument les seuls « blancs » (étrangers) au milieu de la foule. Sentiment étrange, mais moi j'adore! On achète notre billet pour monter dans les gradins de l'arène (au passage je crois que l'on nous a fait payer 3 fois le prix normal, mais bon, c'est de bonne guerre), et là... spectacle incroyable! Un ou deux milliers de personnes entassés sur les gradins, jeunes, vieux, bébés, femmes, hommes, ça chante, ça danse, ça boit, ça joue de la musique en fanfare, et en bas dans l'arène des dizaines voire des centaines de jeunes qui courent dans tous les sens pour éviter les cornes d'un énorme taureau, qui ne sait pas trop ce qui lui arrive. A déguster en vidéo: cliquer ici pour l'ambiance dans l'arène, puis encore ici pour un petit tour des gradins.

Alors, la règle, visiblement, c'est qu'il n'y a pas de règle! Chacun peut venir descendre « s'amuser »... à ses risques et périls. Le pauvre taureau se prend des chaussures volantes et des coups de bâtons de toutes parts, et des gradins pleuvent des petites piques à brochettes et autres pierres qui atterrissent sur la tête du bovidé... complètement perdu et hébété. Mais dés que ce dernier esquisse deux pas, fait mine de charger, ou tourne simplement la tête, un immense mouvement de foule a lieu en bas et tout le monde part se planquer sous les gradins ou grimpe sur des planches en hauteur. A voir en vidéo: cliquer ici.

Mouais... Pas très courageux tout ça, les gars. J'ai envie de crier « bouuuuuuh! » pour chambrer un peu, mais bon, je respecte le local, tout peureux qu'il soit, et je ne dis rien (« Gallina mojada! » - oui, oui, je suis fluent en espagnol!). Forcément à ce jeu-là le taureau ne gagne pas souvent, mais bon, « heureusement » j'ai envie de dire, un ou deux mecs se sont fait attrapés (embrochés?) et garderont dans leur chair quelques souvenirs de cette journée. Quant le taureau est trop crevé, hop on l'attrape avec des cordes, on le renvoie dans son enclos, et au suivant! Pas de mise à mort (du moins, pas en direct), ce n'est pas plus mal.

Bref, cette fête c'est un peu du grand n'importe quoi (mais moi j'aime bien), et le spectacle dans l'arène est surtout une excuse pour picoler toute la journée en famille et entre amis. Finalement c'est très bon enfant comme ambiance, tendance cowboy, et tout le monde a le sourire.

Petite anecdote: un moment donné une nana d'une quarantaine d'années (qui, commend dire, a plus été touchée par l'alcool que par la grâce...) vient me voir et me dit que si je lui donne de l'argent (l'équivalent d'un ou deux euros), elle se met à poil au milieu de l'arène. Euh... non merci! Un quart d'heure plus tard, la même nana est effectivement au milieu de l'arène, en tenue d'Eve, les jambes et bras écartés (l'est pas passée chez l'esthéticienne depuis un moment...), à gesticuler dans tous les sens. Bon à ce moment là il n'y a pas de taureau, mais franchement elle fait le même effet aux jeunes « téméraires » autour d'elle! Ils ont la trouille! Il faut dire qu'elle a l'air un peu « habitée » la brave dame. Bref, moi je trouve ça génial comme moment, dans le genre surréaliste, limite artistique! Et bien sûr, j'ai la preuve en images: cliquer ici!

Tout ce rassemblement de personnes est aussi une occasion rêvée pour prendre quelques portraits, souvent à la dérobée. Une trace de la « vraie » Colombie!

Toutes les photos de la feria de Bayunca: cliquer ici.

 

Après ces quelques jours forts agréables passés ensemble, Roxane et Tom me quittent pour continuer leur route en Colombie. Pour ma part il me reste encore une petite semaine avant l'arrivée d'Olivier. Où puis-je aller? Bon, Cartagena, ça va, je commence à connaître. Quoi d'autre? Les plages de sable blanc d'une petite île touristique des Caraïbes au large de la côte, hum, c'est bon j'ai eu ma dose aux San Blas! Je consulte la Bible (ie, le Lonely Planet...), et la destination la plus « proche » se trouve à 4 ou 5 heures de transport d'ici: Mompos, petit village colonial sur les berges d'une rivière, à l'intérieur des terres. Ancienne ville commerçante de par sa situation au bord de l'eau, mais rapidement abandonnée au profit d'une autre ville de l'autre côté du fleuve, plus facile d'accès. Le guide met en garde le lecteur en prévenant qu'il n'y a pas grand-chose à faire là-bas, mais que c'est une destination reposante pour une ou deux journées. Parfait pour décourager le touriste lambda qui a un timing serré, et en gros, il faut prendre un bon livre! Tiens, ce sera l'occasion d'avancer un peu sur mon blog, je ne serai pas tenté de faire autre chose! Le guide recommande aussi une petite auberge à priori très sympa, ils ont même internet. Parfait, c'est parti, j'y vais!

Départ aux aurores de Cartagena, bus urbain pour rejoindre le terminal (1h...), puis je saute dans un autre bus déjà en marche sans trop savoir si c'est le bon. Le « copilote » du bus m'a fait oui de la tête quand je lui ai crié le nom de ma première étape (« Magangue, directo?? »), mais j'aurais pu lui dire Bogota, Sydney, ou Castelnaudary, il m'aurait tout autant fait signe de monter! Trois bonnes heures de bus plus tard, après s'être arrêté quinze fois dans tous les patelins qu'on a croisés, le gars me dit de descendre. Ah bon, mais on est où là?! "A l'intersection de la route qui va vers Magangue, ciao amigo!". Ok, pas vraiment direct, quoi!

Une demi-heure plus tard, une petite camionnette qui passe par là, un petit écriteau Magangue sur le pare-brise, hop, je saute dedans, je m'assoie où je peux, tout le monde me regarde, c'est qui ce grand blanc avec des yeux bleus?? (oui, je suis grand ici!). Une petite heure plus tard nous voilà arrivés à Magangue. Là, je sais que je dois prendre une petit bateau, mais où?... A peine sorti du bus, une dizaine de gars me tombent dessus (genre moustiques un soir d'été au bord d'un étang), et m'interpellent « Mompos? Mompos? Mompos? ». Oui, forcément, c'est la seule destination touristique à des centaines de kms à la ronde, comment vous avez deviné?! L'un d'eux me propose d'y aller en taxi pour un prix « gringo »... euh, coco, y'a une rivière à traverser, tu m'as pris pour un saucisson ou quoi?! Un autre me dit « panga, panga » (non, ce n'est pas le cousin du panda, ça veut dire « petite embarcation à moteur » ici), je lui dit oui, lui demande le prix, ça a l'air correct, je le suis, en imaginant qu'il va m'emmener sur son bateau. On traverse la ville, on discute 2mn, je lui demande ce qu'il fait, il me répond « guide » (?!), on rejoint effectivement les bords d'une rivière, ou devrais-je dire d'un fleuve, ça grouille de monde, des petites barques à moteur attendent accrochées à la berge, le gars m'amène jusqu'à une guérite de vente de billets... et là, je réalise qu'en fait il n'a rien à voir avec les barques à moteur, ce monsieur, il m'a juste accompagné là. Je sens le coup venir... Je lui dit « merci », il reste planté là sans rien dire à me regarder, je lui demande « tu ne vas pas me demander de l'argent, là?! », il me répond « Si, si, je t'ai fait le guide jusqu'ici! »!! Voilà, ça fait 8 mois que je voyage en Amérique Latine, et j'arrive encore à me faire avoir et à tomber dans le panneau de ce genre de combine... J'ai honte de moi (ou plutôt je suis en colère). J'essaie de négocier deux minutes, en lui disant pas question fallait me le dire avant, il insiste, bon, c'est ma faute aussi, je dois assumer ma naïveté, je lui donne une petite pièce, l'équivalent de 50c d'euros, il est content...

Me voilà donc sur une petite barque à moteurs lancée à toute vitesse sur un immense fleuve aux eaux calmes, on devine des bras de fleuve dans tous les sens, des plantes types nénuphares flottent à la surface, les arbres ont les pieds dans l'eau. C'est comme si on traversait une immense plaine immergée. Une petite demi-heure plus tard on nous débarque sur une berge, et là deux-trois taxi 4x4 attendent les quelques passagers en transit, direction Mompos. Une heure de route de terre complètement défoncée, autour de nous, de l'eau, de l'eau, de l'eau. Je repense aux nouvelles que j'ai vues il y a quelques temps, la Colombie et d'autres pays d'Amérique du Sud ont été victimes de fortes pluies et d'inondation pendant des mois. On en voit les stigmates...

Nous arrivons enfin à Mompos, cela fait presque 8h que je suis parti de Cartagena ce matin...

Je m'attendais à un tout petit village, c'est bel et bien une petite ville, façades coloniales colorées, rues perpendiculaires. Le taxi me dépose à la Casa Amarilla, l'auberge recommandée dans mon guide. Le cadre est magnifique, petite maison coloniale jaune (vous aurez deviné), juste devant le fleuve, à côté d'une église superbe, quelques arbres... Immédiatement on ressent l'ambiance paisible de ce lieu.

L'intérieur de l'auberge est superbe également, récemment rénovée, pierres apparentes, poutres, hauts plafonds, petit patio intérieur, grande cuisine rustique ouverte sur le patio, hamac, terrasse sur le toit. Je pose mes affaires dans le grand dortoir où visiblement je suis seul, et pars faire un tour en ville.

Oui, le temps s'est vraiment arrêté ici... Je longe le fleuve en marchant sur une petite promenade ombragée bordée de vieux bancs métalliques, d'un côté des façades de vieilles maisons coloniales, de l'autre un muret en pierre empêche que la ville soit inondée, Manifestement le niveau de l'eau est très élevé, en témoignent tous ces arbres aux troncs immergés. Les façades sont belles, vieilles, légèrement décrépies. Le muret est recouvert d'une petite couche de mousse verte. Je pense immédiatement à la chanson de Cabrel, « Hors-saison ».

Mais en marchant un peu vers le centre, je me rends compte que cette ville est vivante, habitée, et même plutôt jeune. Pratiquement pas de voitures, les gens circulent à pied, en vélo ou en moto. En cette fin d'après-midi, la chaleur de la journée passée, les gens sortent, discutent devant les entrées de maisons, sont assis sur les bancs à l'ombre des arbres.

Je pensais rester deux-trois jours ici... je suis finalement resté une semaine entière! Qu'ai-je fait pendant tout ce temps?... Pas grand-chose à vrai dire. Repos, lecture, écriture, photos, ballades en ville, et... Wimbledon à la télé!! Le propriétaire de l'auberge, Richard, est un anglais d'une trentaine d'années, ancien tennisman lui aussi. Et comme Tsonga et Murray sont en demi-finale... Journaliste freelance depuis toujours, anciennement guide d'expéditions dans la jungle colombienne, anciennement responsable de projets humanitaires et sociaux un peu partout en Amérique Latine, Richard a eu une vie passionnante malgré son « jeune » âge (ben oui, 35 ans c'est jeune encore, non?!), et bien entendu beaucoup d'histoires à raconter, avec sa vision d'indépendant. Sur la Colombie, les FARCs, les paramilitaires, l'armée, Uribe l'ancien président. Sur Ingrid Betancourt, les circonstances de sa capture et de sa libération, sa réputation en Colombie. Beaucoup de choses que l'on ne sait pas en France, preuve que tout ça a surtout été un gros coup médiatique et politique pour... vous-savez-qui.

Cela se confirme au fur et à mesure de ce voyage, ce ne sont pas tant les paysages que les personnes croisées qui font que j'apprécie un lieu. Ce fut un plaisir d'échanger avec Richard, qui se marie dans un mois avec une colombienne originaire de Mompos, et avec laquelle il a monté cette petite auberge dont tout routard rêve pendant son périple. Sa belle famille gère ce lieu lorsqu'il est en vadrouille (souvent), et sa belle-mère tout autant que la tante de sa future femme sont de vrais mamans pour les voyageurs sans-famille comme moi!

Mon séjour à Mompos aura aussi été rendu agréable grâce à la présence de deux jeunes français adorables, Vincent et Martha, eux aussi de passage pour quelques jours. Vincent, cheveux mi-longs et barbe noire est un jeune ingénieur qui a décidé de prendre une année de césure pour voyager. Il pourrait presque passer pour un sud-américain avec son look! Il en est pratiquement au terme de son voyage.

Martha, grande blonde mince, est étudiante en médecine, elle aussi a pris une année de break dans ses longues études pour faire un petit tour du monde, débuté en Inde, et qui se termine dans quelques semaines au Mexique. Le courant passe bien avec les deux, comme souvent avec ce type de voyageurs qui prend le temps de découvrir les lieux et les gens. Et ce n'est pas un hasard si nous nous retrouvons tous les trois dans ce lieu difficile d'accès et peu touristique (je ne crois pas avoir croisé un seul touriste autres que nous et les quelques résidents de l'auberge pendant cette semaine).

Sur les conseils de Richard, nous allons passer une journée à vélo de l'autre côté du fleuve, en direction du petit village de San Sebastian. La traversée en panga est bien marrante, on a failli ne jamais partir (à voir en vidéo ici), les locaux qui manifestement n'ont pas l'habitude de voir des personnes comme nous, et Martha négocie ferme pour ne pas qu'on se fasse avoir sur le prix de la course! La vidéo de la traversée: cliquer ici, et un petit vieux qui nous a fait le spectacle: cliquer ici.

De l'autre côté de la berge, une piste de terre et de boue serpente entre les immenses plaines inondées, et traverse quelques villages (voir cette vidéo en cliquant ici). Nous sommes rapidement couverts de boue nous-même, et certains passages sont assez acrobatiques!

Richard nous avait prévenus, ici les gens n'ont pratiquement jamais vu de touristes, et sont extrêmement heureux de voir des visiteurs. Je peux le vérifier à chaque village que l'on croise, sur nos vélos tout rouillés, les gens répondent tous en coeur et avec enthousiasme à mes « Hola, buenos dias! », avec de grands sourires (la preuve en image: cliquer ici). A San Sebastian, stop déjeuner et nous dégusterons un poisson grillé fraichement pêché, sous le regard étonné et curieux des locaux, qui n'ont d'yeux que pour cette grande blonde qui nous accompagne. La femme qui nous sert nous avouera que c'est la troisième fois de sa vie qu'elle voit des touristes ici!!

En exclusivité la recette en images du poisson à la colombienne: cliquer ici.

Sur le chemin du retour, alors que nous cherchons notre chemin pour reprendre la panga qui nous ramènera à Mompos, nous nous arrêtons quelques instants dans un petit village, où quelques enfants jouent. Rapidement nous devenons une attraction, et en quelques minutes une trentaine de bambins se pressent autour de nous, un peu curieux et pas très rassurés à la fois. Comme souvent, les sourires, le jeu, les clowneries, l'appareil photo, aident à briser la glace. Ils nous demandent de parler anglais, français... espagnol (euh, ça fait 10mn qu'on vous parle espagnol les amis!!).

C'est sûrement la première fois de leur vie qu'ils voient des blancs en chair et en os, ailleurs que sur le petit écran de la télé. Un super moment de rencontre, improbable à priori, et assez émouvant. J'ai presque envie de passer plus de temps ici...

Les soirées à Mompos sont bien agréables, passée la chaleur de la journée (et avant les orages de la nuit: séquence éclairs - cliquer ici). Tout le monde se retrouve sur la petite place centrale, très animée. Petites grillades de viande de boeuf marinée, accompagnées de yuca, de riz, et d'un peu de salade. Jus d'orange frais pressé sous nos yeux par une petite famille qui fait ça depuis toujours (mode d'emploi en vidéo: cliquer ici). Martha discute avec la maman pendant que je prends un petit film, tout le monde me sourit. On se sent vraiment bien ici. Ambiance: cliquer ici.

Voilà, il est temps de partir et de rentrer à Cartagena, pour retrouver Olivier qui arrive dans la soirée. Taxi 4x4, bateau, bus, re-bus. Après s'être échangés toutes nos photos, on se dit au-revoir avec Martha, Vincent étant parti quelques jours plus tôt. C'était chouette de les croiser tous les deux, à nouveau de les interroger un peu sur leur parcours respectif, leur voyage, et l'après, bien sûr. J'ai longuement parlé avec Martha de ses études de médecine, comment elle voit cette profession assez fascinante, unique, et pour laquelle j'ai aussi beaucoup de respect. Comme pour tous ces métiers, souvent de vocations, qui sont ancrés dans la société, et dont je perçois l'évidence, l'utilité, la nécessité même, et où l'aspect social et relationnel est majeur: corps médical, corps enseignant, artisans, architectes, professions du droit et de la justice, travailleurs sociaux... J'en oublie bien sûr.

Evidemment nous garderons « contact » via Facebook, mais nous reverrons-nous?... Cela m'affectait beaucoup au début de mon voyage, cette frustration de croiser des personnes avec qui le courant passe bien, et de savoir que les chances de les revoir sont très faibles. Mais aujourd'hui je me suis fait à cette loi du voyage. On partage un bout de chemin, et on se quitte, chacun reprend sa route, c'est comme ça.

Mompos, un coup de coeur dans mon voyage, c'est certain. Une petite ville magnifique, moins parfaite que Cartagena, mais tellement authentique. Un bel équilibre entre jeunesse et la marque du temps qui passe. Par endroit, les traces de la nature qui reprend ses droits. Des vieux qui se balancent sur leur rocking-chair à l'ombre d'un arbre, devant le porche de leur maison, en plein après-midi. Un cheval qui passe et son attelage, éternel moyen de transport. Les parties de domino le soir sous les arbres, à côté du fleuve, avec musique et bière. Des enfants qui jouent au foot sur le parvis de l'église. Des petites filles qui me demandent de les prendre en photo, puis s'en vont, en riant.

Puisse cet endroit rester préservé aussi longtemps que possible. Que les routes ne soient pas refaites trop rapidement. Que ce soit toujours une petite expédition de venir jusqu'ici. Que les tours opérateurs ne s'y intéressent pas trop, et restent concentrés sur Cartagena. Que les locaux restent surpris et heureux de voir passer des touristes, et gardent leur mentalité d'hospitalité et de jovialité.

Toutes les photos de Mompos: cliquer ici.


Merci Olivier de ne pas être arrivé une semaine plus tôt... Sans ça je n'aurais probablement jamais découvert Mompos! Et maintenant, à nous deux, et en route pour la suite de la Colombie! Youpi!!

Toutes les photos de Cartagena: cliquer ici.

Toutes les photos de la feria de Bayunca: cliquer ici.

Toutes les photos de Mompos: cliquer ici.

 

 


3 Comments

Cristina:
August 17, 2011
Coucou Nicho
Je profite de mes deux premières semaines de vacances en Tunisie pour me mettre à jour de mes lectures et ai donc découvert hier soir ta traversée en mer et ton arrivée en Colombie
L effet est toujours le même: l envie que ton récit ne s arrête pas, alors mon petit Calimero continues!
Ayant profité des vacances pour faire un break internet je n ai pu te souhaiter un très joyeux anniversaire, alors je le fais maintenant, certaine que bientôt tu nous raconteras quelques anecdotes vécues ce jour là!
Plein de bisous mon Nichi!
A très vite
Maxou:
August 26, 2011
Très belles images Nicho !
Continue à nous faire rêver :-)
A+
Julieta:
September 1, 2011
Que belleza Nicho! On peut voir que tu as eu plein d'expériences!!
Para ampliar tus experiencias en el mundo latino, te mando el enlace de un grupo que se llama Sie7e. Pienso que te puede gustar...
http://www.youtube.com/watch?v=2FJZmZR5HJw
Saludos desde Pty!
Désolée de ne pas arriver á tout ècrire en français. A 0h14min, je n'y arrive pas :S
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