Road movie en Colombie: des Caraïbes aux montagnes

July 15, 2011 - El Cocuy, Colombia

Il est là, le voilà, tout beau tout propre, la boule à zéro, le sourire jusqu'aux oreilles, fraichement débarqué de l'aéroport de Cartagena en cette fin de soirée de début juillet... Mesdames, Messieurs, j'ai l'honneur de vous présenter, l'unique, le rare, le très attendu.... OLIVIER! (… que nombre d'entre vous connaissent uniquement sous le pseudonyme de « Moute »... mais non je ne dévoilerai pas ici l'origine de ce surnom! C'est un peu comme « Nicho » d'ailleurs – prononcez le « cheu » - y'en a beaucoup qui ont mis du temps à réaliser que je m'appelais, phonétiquement parlant, « Nicolas ». D'ailleurs qui a mis un « h » à mon prénom, et pourquoi? Mais, mais, mais... qui suis-je??!).

Et ce soir-là, Olivier est arrivé par la cheminée, revêtu de son costume rouge et de sa barbe blanche, et sa hotte était remplie de petits cadeaux à mon attention, qu'il a glissés dans mes chaussons! (Lire: Olivier, en tenue de routard débraillé et sentant un peu la transpiration après avoir passé plus de 12h dans l'avion, m'a ramené quelques trésors dans son sac à dos, qu'il a déposés au pied de mes bottes de randonnées, desquelles émanent une odeur pestilentielle, détail qui a son importance, lire un peu plus loin). Un bloc de foie gras, un saucisson bien fait, un morceau de jambon sec emballé dans un torchon, un bout de Comté, un kit de couture avec grosse aiguille et fil de lin ultra-résistant pour réparer mon sac à dos et ma ceinture de pantalon, un kit de nettoyage pour mon camelback (genre câble métallique flexible d'un mètre de long, avec une petite brosse au bout... oui, oui, c'est indispensable!), et, et, et... de la poudre blanche dans un petit pot, directement importée de Nouvelle-Zélande en passant par la case Marlens en Haute-Savoie (merci Sebito!), puis Toulouse. Rassurez-vous, je ne me suis pas lancé dans le trafic de cocaïne en Colombie (d'ailleurs on en trouve facilement dans la rue devant l'hostel...), mais cette poudre magique permet d'éliminer les mauvaises odeurs de tout soulier ayant fermenté un peu trop longtemps dans la transpiration et l'humidité, garanti satisfait ou remboursé!

Olivier est un ami d'école de longue date, installé à Toulouse depuis une douzaine d'années, avec lequel nous avons partagé notamment nombre de sorties en montagne et quelques activités artistiques du temps où je trainais encore sur les berges de la Garonne. C'est notamment grâce à lui que je me suis remis au théâtre il y a quelques années, et c'est moi qui l'ai embarqué dans les ateliers de percussions brésilo-occitanes d'Arnaud-Bernard, qui nous ont permis de partager quelques bons moments culturels et musicaux avec nos ami(e)s de l'assoce Escambiar et des Bombes de Bal.

Et puis Olivier est un voyageur, amateur de cultures, de nature et de photographie, qui n'hésite pas à se « perdre » pour faire les plus belles trouvailles. Nous n'avions jamais voyagé ensemble, il fallait à tout prix rectifier cela. Moi qui ai toujours rêvé de monter un jour sur les planches et de jouer avec lui... la Colombie sera le théâtre de notre petite virée ensemble. Acteurs et metteurs en scène tout à la fois. Noir.... Rideau!

 

Une première contrainte s'impose à nous: Olivier ne dispose que d'une douzaine de jours avant son vol retour depuis Bogota. Et nous nous rendons vite compte que les distances sont énormes en Colombie (grand comme la France et l'Espagne réunies), le relief très accidenté, et les routes parfois en mauvais état, à cause notamment des pluies torrentielles qui ont frappé le pays depuis plusieurs mois. Cela va donc nous demander un minimum d'organisation, de planification, tout en laissant la porte ouverte aux surprises et autres itinéraires « bis ». En parcourant rapidement le guide touristique du pays, et si l'on en croit les autres voyageurs rencontrés sur la route, la Colombie est un pays d'une diversité rare, qui peut satisfaire tous les amoureux de la nature sans négliger les étapes culturelles: mer, montagne, jungle, rivières, villes coloniales, musées, musique, danse... Difficile de faire son choix!

La première journée sera plutôt tranquille: pas de programme particulier, flânerie dans les rues de Cartagena. La chaleur aidant, et l'envie de discuter étant très présente (surtout me concernant!), nous allons passer une bonne partie de la journée assis sur les bancs des différentes petites places de la ville historique, à l'ombre des arbres, et un peu à l'écart des groupes de touristes. Le meilleur moyen de « sentir » cette partie de la ville en observant les gens qui passent, touristes et locaux. Des enfants qui s'amusent, des hommes qui jouent aux cartes sur un petit muret en pierre, une écolière qui pianote sur son téléphone portable, attendant une amie ou un amoureux, un vieux monsieur qui nettoie la place avec son balai, un autre qui passe avec son petit chariot et ses thermos de café excessivement sucrés.

On nous dévisage parfois, surpris que nous soyons là à rien faire, au lieu de visiter les dizaines d'églises de la ville. C'est bon de prendre son temps, de discuter de tout et de rien, ou simplement d'apprécier les silences qui n'ont rien d'inconfortables lorsqu'ils sont partagés entre amis. Comme avec Ronan et Jordane je me remets un peu à la page des histoires des uns et des autres. Les nouvelles de chacun, les bonnes et les moins bonnes. Le boulot, la vie perso, les projets. De mon côté je fais aussi un peu le point sur ce voyage et sur l'après. Cela me permet d'exprimer un certain nombre de choses, avec un dialogue, un échange, ce que le blog ne permet pas ou peu. Et puis j'ai plaisir à discuter de l'actualité avec Olivier, de politique, de sujets de société, de faits divers. Toutes ces choses que je lis presque quotidiennement depuis huit mois à travers les sites d'information sur internet, mais sans avoir le temps ni l'occasion de pouvoir en parler avec qui que ce soit, vraiment.

Cette belle journée reposante et ressourçante se termine par un tour en vélo dans le quartier « nouveau » (et aisé) de Carthagène, en bord de mer, le long des grandes résidences de verre et des écoles protégées par des hautes grilles. Quelques enfants jouent au foot dans un parc au pied d'un immeuble, et... ils sont tous très clairs de peau. Un petit plouf dans une eau à 30 degrés, un coucher de soleil, une bière à la main, face à la mer, un dîner de poisson frais grillé sur un petite terrasse surplombant une jolie placette animée par un groupe de danse, et il est l'heure de se coucher. Demain on démarre tôt, cap vers le nord!

Première étape donc, Santa Marta, sur la côte nord de la Colombie, à environ 6-8h de route de Cartagena (il faut toujours se laisser entre 30% et 40% de marge sur les temps de trajet de bus annoncés ici...). J'ai promis à Olivier de l'authentique, du roots, du routard... et j'opte d'entrée pour un taxi plutôt qu'un bus urbain pour nous rendre au terminal (ça me paraît plus rapide et plus simple avec nos gros sacs à dos), et le bus pour Santa Marta n'a rien des vieux school bus d'Amérique Centrale: ici, c'est tout confort et climatisé, avec même la télé qui retransmet « El precio justo »... Ca commence bien! :-)

Arrivés à destination en milieu d'après-midi, nous nous mettons en quête d'un mini-bus pour nous rendre au petit village de pêcheurs de Taganga, bien plus mignon que la ville de Santa Marta à en croire les guides. Mais aucun chauffeur n'accepte de nous prendre, soit-disant à cause de nos gros sacs à dos. On propose alors de payer deux places chacun (c'est toujours deux fois moins cher que le taxi!), mais là encore, refus... car on va déranger les autres passagers du bus! Ok, on a compris, on ne veut pas de nous. Un local nous expliquera plus tard qu'il y a un accord entre les taxis et les chauffeurs de bus afin que ces derniers laissent la clientèle touristique aux premiers. Vive la concurrence et le libre marché!

Petite déception en arrivant à Taganga, ce lieu... est un nid à touristes! Bar, resto, école de plongée, agence de voyage, bar, resto, magasin de souvenirs, bar, resto... Pour le côté authentique du petit village de pêcheur, il faudra repasser, ou s'aventurer dans les petites ruelles de terre à l'écart du centre et du rivage.

Malgré tout le lieu est beau, coincé au fond d'une baie entre de hautes collines vertes. Nous prenons le temps de chercher un hostel qui nous convient, après avoir visité les dortoirs de deux « usines » à backpackers sans charme, où des ados sont affalés sur leur matelas en plein milieu d'après-midi, chacun pianotant sur son iPhone, les écouteurs sur les oreilles, au milieu d'une montagne de fringues jetées au travers de la pièce – ça donne envie, hein?! Finalement nous jetons notre dévolu sur une petite auberge familiale sans prétention, avec accès cuisine et internet, et même les ventilos et la clim dans un dortoir presque vide – que demande le peuple? :-)

Petite soirée tranquille, poisson grillé et musique live, et le lendemain nous nous mettons en route pour le parc national côtier de Tayrona à quelques kms de là. L'idée est d'y passer deux jours, le long de la côte, et dans les montagnes couvertes jungle qui descendent jusqu'aux vagues.

Les singes sont au rendez-vous au-dessus de nous et jouent bruyamment dans les branches. Je suis content pour Olivier car en à peine deux semaines les chances de voir la vie sauvage sont un peu minces. Malgré la popularité de ce parc auprès des touristes étrangers et locaux, il n'y a pas trop de monde, et nous trouvons sans problème un camping-restaurant des plus simples, un peu en retrait, où nous passerons la nuit... dans un hamac! Une première pour moi, et j'avoue que je n'en garderai pas un souvenir mémorable, à moitié plié en deux...

Le lendemain nous nous remettons en marche, et décidons de sortir par un autre bout du parc plutôt que de rebrousser chemin.

Deux petites heures de rando le long de la côte sauvage où la baignade n'est possible qu'à certains endroits un peu protégés, puis nous quittons le rivage et les touristes pour nous enfoncer dans la jungle chaude et humide, empruntant un ancien chemin pavé d'immenses pierres et très raide, qui mène jusqu'à Pueblito, une ancienne cité indigène vieille de deux ou trois millénaires, et aujourd'hui abandonnée à la végétation.

Ca fait du bien de se dépenser et de transpirer un peu à nouveau (à grosses gouttes en fait, l'humidité est maximale!), car depuis le Panama je n'ai pas l'impression d'avoir beaucoup bougé. De là nous redescendons par un petit chemin bien raide et manifestement très peu emprunté (pour preuve les innombrables toiles d'araignées qui nous prennent au visage tous les 20m!), pour arriver sur une plage magnifique, sauvage, et totalement déserte. Une famille vit là, un peu en retrait, et a aménagé une petite cabane de deux abris aux toits de feuilles de palmiers pour les éventuels touristes qui passeraient par ici, mais l'on devine qu'il ne doit pas y en avoir souvent!

Baignade dans la mer des Caraïbes, pas trop loin du bord car ici les vagues et les courants sont puissants, pique-nique à l'ombre, bière achetée à la famille (pour faire marcher l'économie locale!), petite sieste dans un hamac, et c'est reparti pour presque 3h de grimpette dans la jungle, afin de sortir du parc et récupérer un bus sur la route principale vers Santa Marta. Nous ne croiserons pratiquement personne sur ce chemin difficile et boueux, si ce n'est une famille de colombiens avec papa, maman et leurs 3 enfants, qui à notre grande surprise marcheront deux fois plus vite que nous (papa tirant tout son monde avec une corde, sur le principe du « tire-minette » cher à Seb et Coralie), un serpent corail qui se dérobe sous mes pieds (à priori par de l'espèce mortelle.... mais bon, sur le coup, ça fait bizarre!), deux-trois toutous en quête de caresses (ou c'est moi qui ai besoin d'en donner?...), et une petite case en bois habitée par une famille d'indigènes en tunique blanche. Deux-trois biscuits au chocolat feront la joie des enfants...

Après ces deux première journées de « mise en jambe » sportive, où Olivier aura réussi à égarer sa paire de lunettes de soleil dans la jungle, puis son porte-feuille avec argent et carte bleue dans le bus du retour (mais le Moute est flegmatique, il lui en faut plus pour entamer son moral – cette petite vidéo l'atteste: cliquer ici), nous sommes de retour à Taganga pour la suite du programme: sortie plongée en bouteille dans la mer des Caraïbes! Olivier possède en effet son diplôme de plongeur confirmé (bien qu'il n'ait pas mis la tête sous l'eau depuis un moment), et quant à moi j'ai réactivé mon premier niveau au Nicaragua il y a quelques mois. Le temps est clair et ensoleillé, la mer est plutôt calme malgré un très fort courant, et les deux plongées seront sympas... mais sans plus! Pas de gros poissons, ni tortues ou autres requins, et les fonds ne sont pas très riches par ici. Mais c'est tout simplement chouette de partager ça avec Olivier.

Toutes les photos de Taganga - Tayrona: cliquer ici.

Le soir même nous embarquons dans un bus de nuit – programme serré oblige – direction plein sud, pour rejoindre la petite ville de San Gil, à l'intérieur des terres et un peu en hauteur, à mi-chemin entre la côte nord de la Colombie et Bogota. Nous nous sommes préparés psychologiquement à ce trajet en bus nocturne d'une dizaine d'heures, où les nuits peuvent être glaciales (les chauffeurs ont la main très lourde sur la clim)... et nous ne serons pas déçus!! Malgré deux polaires, la veste technique, les gants, les grosses chaussettes, et le bonnet, c'est la Sibérie – cela reste l'un des grands mystères de l'Amérique Latine... pourquoi mettent-ils la clim à fond dans les bus de nuit, alors que manifestement tout le monde se gèle??! – Ajouté à cela les deux meilleures places du bus à côté des toilettes qui ne ferment pas et qui puent, une colonie d'enfants qui ne tiennent pas en place, et bien entendu le fameux film ultra-violent avec volume au maximum... je vais presque regretter la nuit en hamac!

Mais le lendemain matin la récompense est là: les deux dernières heures de bus avant d'arriver à destination sont magnifiques, le long d'une route escarpée en surplomb d'un canyon profond, et au fond une rivière aux eaux tumultueuses. Au loin les montagnes se dessinent, nous passons un col à 3000m, et je réalise avec enchantement que j'attendais ça depuis des mois... Enfin! Les Andes, l'Amérique du Sud! (à voir en vidéo: cliquer ici)

A peine arrivés à San Gil j'aperçois complétement par hasard Fabienne (de « Fabienne et Arnaud », cf. le Costa Rica) qui marche sur la place centrale. Nos itinéraires coïncident à nouveau, mais la rencontre n'est pas totalement fortuite car nous savions que nos routes se croiseraient probablement ici: d'une part il s'avère que Olivier et Arnaud sont d'anciens collègues de travail (mais ça c'était pas prévu, Toulouse est un petit village...), et d'autre part nous avons des projets dans l'air de partir ensemble faire un trek de plusieurs jours dans le parc de Cocuy, un peu plus à l'est.

Pour l'heure l'étape « San Gil » est très agréable: hostel cosy avec le dortoir pour nous tout seuls, balade dans la petite ville charmante, jeune et animée (enfin... passés 20h y'a plus personne dehors! On n'est plus sur la côte Caraïbe...), retrouvailles avec Fabienne et Arnaud, grillades de brochettes de viande et pomme de terre achetés le soir aux vendeurs ambulants (je teste Olivier avec la nourriture « de la rue »!). Outre les nombreuses activités sportives source d'adrénaline comme le rafting, le parapente, ou le saut à l'élastique (mais qui m'intéressent peu pendant ce voyage), San Gil est aussi réputé pour la visite de deux petits villages coloniaux dans la campagne environnante: Barichara et Guane.

C'est propret, c'est tout mignon, c'est colonial, c'est coloré, c'est très calme (limite village-fantôme pour Guane! On s'amuse comme on peut avec les locaux – à voir en vidéo en cliquant ici), le temps semble s'être arrêté depuis des décennies, on croit voir passer des fantômes... Musique d'ambiance dans une petite épicerie déserte (à écouter en cliquant ici et ).

Décor parfait pour les deux photographes amateurs que nous sommes, balades bucoliques dans la campagne, discussions, rigolades... Le courant passe bien entre nous, c'est vraiment agréable de partager ce bout de route avec Olivier.

Toutes les photos de San Gil - Barichara - Guane: cliquer ici.

 

Le programme s'enchaine plutôt bien depuis le début, mais nous sommes assez peu sortis des sentiers touristiques, et je sais qu'Olivier ne se ferait pas prier pour que l'on dévie un peu notre route, bien qu'il ne lui reste qu'une petite semaine. Depuis mon arrivée en Colombie je lorgne sur ce fameux parc national de El Cocuy, un peu excentré des grands axes, à quelques encablures du Vénézuela, et qui abrite une chaine de montagnes de type alpin, avec sommets enneigés et glaciers (chose que je n'avais pas du tout imaginé de la Colombie!). Apparemment l'endroit se prête à la randonnée en altitude, au-dessus de 4000m, et j'ai pu lire de belles choses sur un trek de 4-5 jours autour du massif, en autonomie.... c'est bien tentant tout ça! On se consulte avec Olivier, Fabienne et Arnaud, on étudie nos envies et nos contraintes respectives, on regarde la carte, et la décision est prise: nous partons demain avec Olivier sur les petites routes à travers la montagne, plein est, l'objectif étant de rallier le petit village de El Cocuy, d'ici deux jours, et d'y faire une ou deux randos avant qu'Olivier ne rentre sur Bogota pour prendre son avion. Fabienne et Arnaud qui sont bien motivés pour faire le trek de cinq jours, me rejoindront alors.

C'est parti pour l'aventure, réveil à 5h du matin pour attraper un bus à 6h. On connait vaguement les noms des patelins à traverser, mais aucune idée des horaires, des connexions, et des possibilités pour dormir en route. On verra bien! Le premier trajet nous permet de rejoindre le village de Mogotes à bord d'un mini-bus qui s'apparente plus à du ramassage scolaire. Nous sommes entourés d'enfants en uniforme d'école, pantalon ou jupe bleu, et chemise ou polo blanc, qui nous dévisagent avec de grands yeux. C'est étonnant de voir que les écoliers quittent la « grande ville » pour aller étudier dans des petites écoles de campagne, mais le petit garçon assis à côté de moi m'explique que l'école de la ville est trop chère... La route est magnifique, nous montons rapidement dans les lacets au milieu d'une forêt dense, puis débouchons sur une route à flanc de montagne longeant un nouveau canyon. C'est superbe! (A voir en vidéo: cliquer ici). La vallée se rétrécit, nous descendons au niveau de la rivière, puis arrivons dans une plaine, entourés de champs de canne à sucre et de petites fermes.

Le bus nous arrête donc à Mogotes, gros village de campagne, avec sa grande église sur la grande place (un grand classique en Colombie!). On se renseigne sur l'horaire du prochain bus pour l'étape suivante, Onzaga... mais pas de chance il vient juste de partir il y a une demi-heure, et le prochain est dans 4h!! Aïe, on ne peut pas dire que les connexions aient été bien pensées par ici... Le temps d'attraper un petit déjeuner dans une taverne tenue par une grosse mama toute gentille et pleine de bons conseils, nous nous rendons 200m plus loin dans la rue par laquelle passeraient les éventuelles camionnettes se rendant à Onzaga.

Au bout d'une demi-heure, aucun véhicule à moteur n'est passé par là, et la boulangère d'en face nous fait comprendre que notre tentative d'auto-stop a peu de chance de succès par ici... Du coup on sort les livres, les appareils photos, on prend notre mal en patience, on papote avec les gens qui passent, à la fois étonnés et contents de nous voir ici (petite vidéo: cliquer ici).

Au bout d'une heure toujours rien, à part un ou deux vélos, un âne et un cheval... Deux heures, trois heures passent ainsi... Les quelques habitants du quartier nous ont presque adoptés, on fait partie du décor, tout comme eux!! Bon, il faut se rendre à l'évidence, c'est un flop complet, mais cela n'entame en rien notre bonne humeur! Impossible de rejoindre El Cocuy ce soir, il faudra sûrement faire étape en route. On se rabat donc sur le bus de 11h... qui n'arrive pas! Midi... midi trente toujours rien! On est là depuis 7h ce matin, mais nous prenons notre mal en patience, cela fait partie du jeu quand on sort des sentiers battus, et c'est plutôt rigolo de se retrouver coincés là dans ce petit village avec nos gros sacs et nos têtes de gringos.

Finalement le bus arrive enfin vers 13h, ouf, on est de nouveau en mouvement! La route grimpe rapidement à flanc de montagne, les nuages obscurcissent le ciel de plus en plus, les virages sont de plus en plus serrés et la route de terre de plus en plus étroite et escarpée. Arrivés à un petit col dans le brouillard vers 3000m, nous basculons de l'autre côté de la montagne alors qu'il s'est mis à crachiner dehors, et qu'il semble faire bien froid à en croire la tenue des rares paysans que l'on aperçoit par la fenêtre: grosse couverture de laine sur les épaules, et chapeau de feutre. Les quelques éclaircies permettent de voir la route au loin qui serpente sur la montagne, et nous découvrons les effets des pluies torrentielles de ces derniers mois: des pans entiers de montagnes se sont effondrés, laissant d'immenses balafres sur tous les versants. C'est réellement impressionnant, voire un peu inquiétant par moment, car il est justement en train de pleuvoir. Certains bas-côtés de la route sont manquant, ce qui n'empêche pas le chauffeur de manier son engin avec vitesse et dextérité (ou inconscience, on ne saura jamais!).

Nous traversons un premier petit village en bas dans la vallée, ambiance bout du monde garantie, puis remontons le long d'une rivière dans une belle végétation encore luxuriante pour arriver enfin quelques heures plus tard au village de Onzaga, perché sur un minuscule plateau entouré de montagnes.

Onzaga, sa grande place, sa grande église! Nous voilà avec nos gros sacs sur la place, tels deux extra-terrestres fraichement débarqués de la planète Mars. Nous essayons d'expliquer notre parcours, et notre volonté de rejoindre El Cocuy, mais il est déjà 16h passés, le dernier mini-bus il y a une heure, il faut se résoudre à passer la nuit ici. Premier « hôtel » visité absolument lugubre, nous tentons notre chance au deuxième qui a l'inverse ressemble plus à un adresse du Michelin en France! Les prix sont très modérés (pas trop de passage ici...), et un rapide coup d'oeil au registre de l'hôtel nous fait réaliser que nous sommes les premiers touristes étrangers à dormir ici!

Après toutes ces heures d'attente et de bus, une petite balade dans le village s'impose, pour se dégourdir les jambes et prendre quelques photos. L'endroit est calme, frais, tranquille. De retour sur la grande place, quelques enfants jouent autour de nous. L'un d'eux plus curieux et plus téméraire que les autres s'approche et demande d'où l'on vient. Le premier contact est établi, on commence à discuter, les autres enfants nous rejoignent, puis d'autres encore, et en quelques minutes nous sommes entourés et littéralement assaillis d'une vingtaine de gamins de tous âges qui nous posent mille questions, sur tout et n'importe quoi. Cela tourne rapidement au cours de français (« comment on dit.....? ), et chaque nouveau mot déclenche un rire général (voir cette vidéo: cliquer ici). Tout ça déborde d'énergie, de curiosité, de spontanéité, c'est un véritable bain de jouvence.

Alors qu'une douzaine de minots m'entourent pendant que je fais le clown et que j'essaie de répondre à chacune des questions, tout en faisant un peu de discipline (chacun son tour!! Tranquilo!!!), Olivier est un peu en retrait, assis sur les marches de l'église, en pleine discussion avec une petite fille, en tête à tête. Je souris à cette image. Cela colle parfaitement avec son tempérament, plus en discrétion et en retenue par rapport à moi qui me sent comme un poisson dans l'eau entourés de tous ces mômes... et, avouons-le, centre de l'attention (aurais-je manqué une carrière d'instit ou d'animateur de centre aéré?!...). Voilà, pendant plus de deux heures nous sommes en train de vivre l'un de ces moments magiques du voyage, dans l'imprévu, dans l'échange, et comme souvent ce sont les enfants qui permettent cela.

Remis de ces émotions, nous dînons dans une petite taverne où la patronne est toute contente de voir des étrangers (en d'autres termes, elle nous tient un peu la jambe!), puis allons nous coucher, des images plein la tête de cette journée incroyable.

Le lendemain, nous continuons notre périple vers El Cocuy. Renseignement pris, il va nous falloir une bonne partie de la journée pour arriver à bon port, bien qu'à vol d'oiseau il ne doit rester qu'une grosse centaine de kilomètres. Le mini-bus du matin se remplit vite, c'est pratiquement le seul de la journée, et l'état des routes rend le trajet aléatoire. En effet, passé un petit col au-dessus du village, la route boueuse traverse à nouveau un passage délicat où l'on devine un glissement de terrain récent. On serre les fesses quelques secondes, et ça passe sans problème. Pendant l'heure qui suit la petite route de terre remonte une petite vallée alpine, le long d'un torrent. Peu d'habitations, la végétation change, se raréfie, et les faciès des gens deviennent plus ronds, plus plats, plus mats, plus durs, marqués par le vent et le froid. Il fait froid dehors, on approche à nouveau des 3000m. Ce sont les contreforts des Andes colombiennes. Un nouveau petit col et nous rejoignons en contrebas une plaine cultivée et habitée, puis une route goudronnée. Premier changement de bus de la journée, au bord de la route sur un col, il fait froid, quelques maisons, une église, des cavaliers, des chiens errants, une petite taverne où l'on nous sert une tasse de chocolat chaud, un bout de pain et un morceau de fromage, un régal! (vidéo: cliquer ici)

Nouveau mini-bus et vers 10h nous arrivons au village de Soata (sa place centrale, son église...). Une heure d'attente et c'est reparti, cette fois-ci on descend au fond de la vallée, traverse une grosse rivière, le courant est fort, puis nous remontons de l'autre côté de la montagne, route sinueuse, et arrivons à un autre village (tiens! Une grande place, une église!), où c'est jour de marché (vidéo: cliquer ici). A chaque arrêt, certains descendent, d'autres montent, les chargements vont et viennent sur le toit, et nous partageons ce bout de route avec quelques personnages hauts en couleurs. Visages burinés par le temps, le froid, la vie et le travail à la dure (vidéo: cliquer ici).

La route est toujours aussi sinueuse, et disons-le, interminable. Un nouveau village est en vue, perdu dans la montagne (enfin... de loin on voit surtout le clocher de l'église qui dépasse), on espère que ce soit El Cocuy.... eh bien non, toujours pas! Je regarde sur ma carte de Colombie, il reste encore 2-3 villages à traverser. On se distrait avec la musique que passe notre chauffeur, parfois totalement en décalage avec le lieu! (à écouter en cliquant ici)

Le dernier tronçon est difficile, ça devient vraiment long, ça monte, ça descend, ça tourne dans tous les sens, Olivier se sent malade, et moi je fixe la route comme je peux en me disant que j'ai supporté une traversée des Caraïbes en voilier! La route est toujours aussi catastrophique, on imagine à peine ce que ça a du être au moment des fortes pluies il y a quelques mois, et cela prendra sûrement des mois voire des années à remettre en état... jusqu'aux prochains caprices du temps, et du fameux « El Niño ». Cela n'a rien de « normal » ici, du moins l'ampleur des dégâts, et il est difficile de contester les changements climatiques qui s'opèrent sur la planète, et dont souffrent en premier les populations les plus en difficulté.

Un dernier stop dans un petit village, une dernière montée sur une route goudronnée, quelques panneaux sur le bord de la route qui indiquent que nous arrivons à El Cocuy et son parc national (la « Sierra »), et nous y sommes enfin. Petit village de montagne à 2800m d'altitude, maisons blanches et basses presque toutes identiques, une grande place qui abrite un joli parc avec bancs et pelouse, un terrain de sport pour les écoliers, la grande église. Et tout autour de la place des petits commerces, et des bancs où sont assis des hommes à la silhouette et à la tenue identiques: grand poncho de laine marron ou gris, chapeau, pantalon gris ou brun, bottes. Au loin, dans une trouée de nuages, on devine un sommet enneigé. Encore une nouvelle facette de la Colombie, loin des images que l'on a en Europe, et qui prouve une fois de plus que ce pays gagne à être découvert.

Toutes les photos du trajet jusqu'à El Cocuy: cliquer ici.

Il nous aura donc fallu deux jours entiers pour rejoindre El Cocuy. Des heures d'attente et des heures de bus. De l'inconfort, du froid, de la fatigue, des maux de coeur. Mais comme souvent c'est le trajet plus que la destination qui marque le coeur et les esprits. Notre cerveau a enregistré maintes images de paysages, de visages. Des sons, des ambiances, des odeurs, des rires d'enfants. Et quel plaisir de pouvoir partager cela avec un ami.

Toutes les photos de Taganga - Tayrona: cliquer ici.

Toutes les photos de San Gil - Barichara - Guane: cliquer ici.


2 Comments

El Bito:
September 12, 2011
Les photos de votre attente dans la rue de Mogotes sont tout simplement géniales! J adore :) et ça fait plaisir de te voir backpacker avec le Mouthe. Aller hop, je passe au prochain article!
Nano:
September 12, 2011
Excellent Nicho !
Chuis vraiment content d'avoir passé la soirée en ta compagnie et celle de Mouthe. Un bien beau récit...
Pour le reconversion du retour, c'est tout trouvé : conteur !
Bises
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