Entre-deux - histoire d'un retour

December 20, 2011 - Toulouse, France

Me voilà de retour en France depuis bientôt deux mois. A Annecy, pour les fêtes. Annecy, ce lieu même où il y a quelques 18 mois j'avais pris cette décision (finalement assez peu réfléchie) de démissioner de mon job à Genève et de partir un an sur les routes d'Amérique Latine. Et voilà, je suis déjà de retour. Que c'est passé vite! Et pourtant il m'en est arrivé des choses en un an. Preuve que l'ennui n'a pas eu sa place dans cette parenthèse...

Une parenthèse qui se referme donc, puisque je sens que passés les quelques jours intenses du retour, mon voyage est déjà derrière moi, ou plutôt devrais-je dire au fond de moi. Prêt pour la suite, qu'il faut encore dessiner.

Sans surprise les premières semaines sur le sol français furent une claque énorme, mélange de décalage et d'adréaline liée à la joie de retrouver mes proches. C'est comme si je recommençais un nouveau voyage finalement, avec tout à (re)découvrir. Les couleurs et les senteurs de l'automne, les sons des grandes villes, le goût des bonnes choses, presque oublié, la langue française de nouveau présente au quotidien. Et puis le rapport aux inconnus, dans la rue, les magasins, ou dans le train qui m'emmène à Paris pour quelques jours. Le sentiment de retrouver une certaine culture, un niveau d'éducation, un humour, et une certaine chaleur (notamment toulousaine) qui faisait parfois défaut là-bas, malgré ce qu'on peut imaginer. Les retrouvailles avec celles et ceux qui m'ont suivi à travers ce blog, avec qui nous avons parfois échangé des choses profondes, qui n'avaient jamais été dites auparavant. Et puis les retrouvailles avec celles et ceux qui sont restés plus éloignés pendant un an, avec moins de contacts, et que je retrouve "comme si c'était hier". Ces personnes avec qui l'on peut rester sans nouvelles pendant un an mais que l'on retrouve avec un plaisir et une complicité intacte.

Bien sûr beaucoup de choses remontent dans ces moments-là. Des choses du voyage, et des choses du passé, liées à ces lieux particuliers que sont Toulouse et Annecy, ou Genève. L'impression que je suis parti hier, mais que en "24h" j'ai fait un trajet énorme par rapport à toutes ces choses qui remontent, bonnes ou moins bonnes. Oui, j'ai avancé, et ça fait du bien.

A Paris j'ai revu Martha, étudiante en médecine que j'avais croisée en Colombie, à Mompos. Trois mois après son retour, elle me fait part de la difficulté à retrouver une place auprès de ses amis, et de partager son expérience avec ceux qui n'ont pas connu "ça". Est-ce donc cela qui m'attend?... Au fur et à mesure que je revois tout le monde, je prends conscience qu'il est effectivement vain de continuer à faire vivre ce voyage, bien que j'en parle toujours avec le même plaisir, et quitte à répondre aux mêmes questions encore et encore. Je dois accepter que je ne peux "imposer" mon expérience aux autres, aussi intense fut-elle. Chacun a vécu ces 12 derniers mois à sa manière. Chacun a fait son propre voyage pendant cette année où je me suis autorisé cette parenthèse. Certains s'excusent même de ne pas avoir grand chose à me raconter. "Tu vois, ici, c'est comme avant...". Je crois qu'il n'est finalement pas nécessaire de raconter mon voyage (et je suis bien incapable de le résumer!), mais qu'il ressortira petit à petit dans mes choix, mes opinions, ou mon rapport aux autres.

A mon retour Anne-Hélène m'a offert un petit livre très rigolo et juste qui s'intitule "De l'art d'ennuyer en racontant ses voyages"... Bien vu!! Oui, il est très facile de tomber dans le piège de se raconter, et de maintenir le voyage en (sur)vie, alors qu'il est bel et bien derrière soi. Heureusement ce blog constitue une preuve, une trace de ce qui m'est arrivé. Et tant pis si le récit ne va pas jusqu'au bout (Grrrr... quelle frustration malgré tout!). De reprendre le récit aujourd'hui se ferait au détriment de l'authenticité, et je sens que ces prochaines semaines je vais avoir besoin de regarder plus devant que derrière.

Si je devais dégager une ou deux choses fortes qui me frappent à mon retour, et qui révèlent encore des choses sur ce voyage, et sur notre vie d'ici?... Tout d'abord et avant tout le rapport au temps, tellement différent entre ici et là-bas. Pendant un an j'ai vécu sans pratiquement aucune contrainte de planning, une liberté totale dans ma gestion du temps, et ce luxe incroyable de pouvoir changer d'avis (et souvent d'itinéraire) sans devoir rendre de compte à personne, sans que cela n'impacte qui que ce soit. Et puis surtout ce luxe de pouvoir prendre le temps. Le temps d'apprécier un lieu, un moment, une émotion ou une rencontre. Le temps de rester connecté et d'échanger avec ses proches à des milliers de km. Le temps de s'informer sur la marche du monde. Le temps de réfléchir à soi et à son environnement. Le temps de se poser des questions et le temps pour tenter d'y répondre (hum, ça marche pas toujours!).

Ici le temps est sans cesse une contrainte pour ne pas dire un problème. On court, on est en retard, on doit être ici ou là à telle heure, on case des choses dans un planning déjà surchargé, il faut gérer le travail, les enfants, sa vie sociale... Mes premiers jours sur la rocade de Toulouse je roulais à 10 ou 20km/h en dessous de la limite autorisée, mais après une semaine je sentais déjà que je courais de nouveau après le temps, mon pied se faisait plus lourd sur la pédale d'accélérateur, et le fameux quart d'heure de retard toulousain refaisait son apparition! Et que c'est rare de pouvoir se poser en tête à tête avec quelqu'un, et d'attendre que les conditions soient réunies pour poser THE question: "Ca va?". Combien de fois posons-nous cette question sans vraiment écouter ni même attendre une réponse?... Pas étonnant que dans cette course perpétuelle il y ait finalement peu de place pour l'écoute, la communication, l'échange, les émotions. Ah!... M'asseoir sur un banc 5mn avec toi... D'ailleurs être conscient de toutes ces choses-là n'est pas suffisant, et je sais d'ores et déjà que me concernant ce sera un challenge de prendre le temps, dans les mois et années qui viennent.

L'autre point qui me frappe, c'est le rapport à l'argent et aux objets. Bien entendu après avoir dépensé au plus serré pendant un an, parfois aux dizaines de centimes près, en se concentrant sur les choses les plus essentielles, vous imaginez que le retour ici est un peu... douloureux! Et que dire de cette société et du modèle économique dans lequel nous sommes, qui repose sur une seule chose: la consommation. J'achète donc je suis heureux. Je possède donc je suis heureux. Combien de temps vais-je résister avant d'acheter mon smartphone et ma tablette tactile??? (les paris sont ouverts!). Bon du coup, je dois un peu passer pour un radin et un ringard... merci de ne pas trop me le signifier! ;-)

Enfin, l'absence soudaine de la langue espagnole dans mon quotidien est assez violente. Je n'avais pas réalisé à quel point cela pourrait me manquer. Alors si certains veulent pratiquer avec moi, je suis partant!

A la question "qu'est-ce que tu retires de ce voyage?", vous imaginez bien que la réponse n'est pas aisée! Je ne pense pas avoir radicalement changé, mais plutôt j'ai appris à mieux me connaître, et probablement à mieux m'accepter. Forces, faiblesses, goûts, envies, contradictions, facettes multiples... Un an de voyage en solo (ou en couple!) ça vous renvoie à vous-même!! J'ai également appris je pense à mieux écouter mes émotions et celles des autres, à les "recevoir" comme dirait mes amies psy! Et à aller un peu plus loin dans l'analyse de tout ça, pour mieux les appréhender, pour ne pas se laisser submerger, pour être plus en paix avec soi-même aussi, et prendre les bonnes décisions. C'est une méthode finalement, qui s'applique à tout et au quotidien. Prendre en compte l'humain, l'environnement, les circonstances, avant de juger les autres par exemple. Prendre le temps de la réflexion. On n'y revient.

Alors me voilà, plus vraiment de retour, et pas tout à fait encore réinséré. Un entre-deux pas toujours confortable, matériellement et psychologiquement. Accepter que le voyage est derrière soi, et que le futur est encore un peu flou. Personnellement et professionnellement. Prendre le temps aussi de repartir sur quelque chose de sain, ne pas se précipiter. Heureusement je suis bien entouré. Comme toujours. A moi de trouver ma place dans tout ça avec mes bagages et mon vécu. Comme l'Australie il y a 13 ans, ce voyage en terre latine fait maintenant partie de moi. Ca, c'est fait! :-)

Dale pues, feliz navidad y que les vayan bien!

Nicho

Retrouvez une sélection de mes photos coup-de-coeur en cliquant ici.


8 Comments

Julieta L.:
December 21, 2011
Querido Nicho, no te preocupes, puedes seguir practicando espanol conmigo :)
Espero que no se te olviden las cosas que aprendiste en tu travesia por l'Amérique Latine!! gros bis,
December 21, 2011
Hola amigo, no visto en el territorio francés .... te deseamos mucha diversión para los partidos de Navidad con su familia y amigos!
Hasta luego ... por Internet
Besos de los chinos!

el DAT

你好朋友,我们没有看到法国领土的....我们祝你很多的乐趣与家人和朋友的圣诞聚会!
看到您的到来... ...在的互联网
接吻的中国人!

在DAT
Émily:
December 21, 2011
Bon retour par ici... Ta lucidité est admirable.
C'est fantastique, oui ! Ce voyage, quelle expérience et quelle richesse intérieure... Prendre le temps, tout son temps, choisir son rythme... Un luxe auquel on peut accéder en s'en donnant la peine... Alors bravo !
En effet, le plus beau des voyages est finalement celui que l'on fait au fond de soi...
Bonne continuation donc et vive la chaleur humaine...
Je t'envoie des sourires et une boule de neige !
émily
fab y arno:
December 24, 2011
feliz navidad amigo, y que le vaya bien por tu nueva vida, como un nino eres tiu, pero que bueno!!!
Julie:
December 30, 2011
Hola tio!
Estaba esperando la ultima parte de tu relato con tu primeras impresiones en tu pais, estoy muy feliz leir la.
A mi me gusta tambien hablar espanol, podemos practicar!
Hasta luego,
Julie
Aurélie et Stéphane Clerc:
December 31, 2011
Hello Nicho! Quelle émotion de lire ton article... Merci du fond du coeur de partager ce retour avec autant de sincérité.
Julia:
January 13, 2012
WOW -du bist brauner geworden, wie damals! Ich hab schon ewig nicht mehr reingeschaut - aber jetzt nach deiner Nachricht, danke für die Glückwünsche
kannst du noch deutsch*G*?
WOW - die Fotos! Grüsse JULIA
Fred CARRIERE:
March 7, 2012
Salut Nico,

J'ai suivi ton blog et je te souhaite un bon retour à la réalité !
Juste un mot pour te dire qu'on sera au Dubliner à Toulous een concert le 29 mars prochain.

Au plaisir de t'y revoir

FRED
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