Voyage au pays vertical

April 26, 2014 - Kathmandu, Nepal

 

 

Jeudi 13 mars : Toulouse

J’ai des souvenirs de départ en voyage plus simples que celui-là. Depuis lundi, mon intoxication à la truite me terrasse et a considérablement ralenti les derniers préparatifs. Faire mon sac est une épreuve mais je parviens malgré tout à le boucler ce soir à 2H entre 2 aller-retours aux toilettes. Je ne tiens pas une grande forme, je partirai quand même c’est sûr, mais si ça continue, tant pis, je resterai à Katmandou et laisserai Flo et Ben fouler la campagne montagneuse. C’est impensable de marcher dans cet état.

14/15 mars : Toulouse - Katmandou

Ce matin, je me sens mieux. Embarquement à bord du Dreamliner de chez Boeing qui a connu bien des déboires l’hiver dernier. Mais bien que la clim déverse un torrent d’eau sur mon épaule en fin de trajet, le voyage se passe correctement. Court arrêt à Delhi, le temps d’avaler un menu et 3 boissons pour moins de 5€ chez McDo (d’ailleurs, à éviter l’Ice Tea de là-bas, pas buvable) et décollage pour Katmandou.

Il semblerait qu’on soit arrivé. À peine passé les portes automatiques de l’aéroport, le bouillon de chauffeurs de taxi et motos monte à ébullition à la vue de nos gueules occidentales. Moment d’arrêt … on aperçoit un panneau au nom de notre agence de trekking s’agiter au fond. Notre chauffeur nous attend. Quand faut y aller, bah faut y aller ! Et nous plongeons. Flo se fait piller ses 2 pièces de 1€ pendant qu’un homme charge mon sac dans un camion et m’entraine dans une autre voiture. Notre chauffeur qui prend un malin plaisir à regarder la scène, nous sauve de la noyade et nous embarque, nous et nos sacs, dans le bon van. Ouf, on respire enfin. L’hôtel Discovery Inn est accueillant et le gérant un peu trop. Il veut déjà nous booker une sortie rafting ou nous caser sur un autre trek alors qu’on voudrait juste poser nos bagages pour l’instant. La chambre de 3 lits simples, avec l’accès terrasse n’est pas luxueuse, mais très convenable pour le prix. Un restau et on se prépare à aller au holi.

16 mars :

En effet, holi festival tombe aujourd’hui. Nous avions calculé le coup pour ne pas rater la fête des couleurs, événement majeur au Népal et en Inde. Le monde descend dans les rues et se lance des « Happy Holi !!!! » et de la poudre colorée à la gueule. Les bombes à eaux fusent et les sceaux d’eau se déversent des balcons pour venir éclabousser la foule rieuse. Les Népalais sont à la fête et se font une joie de repeindre en arc en ciel les étrangers que nous sommes. On redécouvre la ville grise d’hier sous d’autres tons. Après 3 heures de visite et de tartinage, on rêve juste d’une bonne douche et de se poser. Les festivités se finissent en fin d’aprèm, mais on a mis tellement de temps à frotter pour enlever la peinture que par prudence, on reste à l’hôtel ce soir, de peur d’une attaque surprise.

17 mars :

Dernier jour à Katmandou avant le départ pour le trek. La colline où trône le stupa de Swayambunath ferait une mise en forme parfaite pour demain. Et donc jusqu’au stupa nous montons, empruntant un chemin de marche, propriété des singes pour lesquels je n’ai pas une franche sympathie depuis le rapt de ma banane au Cambodge. Mais le stupa, cet édifice religieux bouddhiste haut de 15 mètres et que nous avons avec précaution contourné par la gauche, en vaut le détour. Il surplombe toute la vallée de Katmandou et permet ainsi de se familiariser un peu mieux avec les lieux environnants… ou plutôt avec la pollution encombrante qui émane de la ville. On ne voit rien, mais rien du tout.

On ne verra rien de mieux à Katmandou. On prend un taxi pour Patan. Patan, hormis son emblématique Durbar Square, c’est vite vu. La ville se visite rapidement et on retiendra surtout une négociation ratée pour le taxi retour et les expectorations bruyantes du serveur avant d’amener les plats.

Comme tous les jours, l’électricité se coupe à 18H et nous plonge dans le noir. Il n’y a tellement plus rien à faire à partir là que la bière de soirée devient maintenant un rituel, accompagnée d’un copieux repas à 60 centimes, et voilà, notre soirée se termine à 21h00. Pas de veillée jusqu’à 21h30 ce soir car demain le réveil se fera de bonne heure.

 

18 mars :

Jour 1 : Nadi Bazar (850m)

Après 10 bonnes heures de bus, ou peu importe le nom qu’ils donnent à ces containers mobiles, l’arrivée à Nadi Bazar se fait sous des trombes d’eau auxquelles je n’étais pas préparé. Mais la température clémente autorise le port du pantacourt et tant pis pour les mollets trempés. La marche jusqu’à notre lodge ne dure qu’une heure. La pluie dense cache le paysage et l’arrivée de la nuit n’améliore pas la visibilité. On suit alors le petit sac jaune qui nous guidera pendant tout le trek. Notre guide et notre porteur aux noms compliqués ont l’air sympa. Le séjour s’annonce bien.

 

 

Jour 2 : Ghermu (1130m)

Couché à 20h30 la veille, on se réveille avant le réveil programmé à 6h30, et en pleine forme. On quitte Nadi Bazar par un chemin de terre qu’ils appellent l’autoroute et que les camions de chantiers empruntent. Obligé de se ranger sur le bas côté à chaque passage. C’est pas vraiment l’idée que j’avais du trek. Au moins, il fait beau, c’est déjà ça. 4 heures plus tard, on rejoint Ghermu. Le décor a bien changé. Ici les camions ne passent pas. Les véhicules de plus de 2 roues ne peuvent pas passer en fait. L’électricité non plus apparemment, ce qui nous expédie au lit encore plus tôt. 20h05 ! C’est pas la marche, ni l’ascension de la cascade d’eau avec Flo qui nous aura fatigué pourtant, mais juste le manque d’animation le soir. Après 5 parties de cartes et le diner englouti, bah… y’a plus rien à faire quoi ! Et c’est pas la logorrhée du guide qui va nous retenir en salle commune. Il semble allergique aux mots de plus d’une syllabe et se contente de répondre par oui ou par non appuyé d’un hochement de tête, qu’importe la question.

Mon état n’est pas au mieux depuis le petit dej’ ce matin. Je manque d’appétit et mon ventre fait des crises. Une bonne douche me fera du bien… si seulement la douche n’était pas directement branchée à la rivière sustentée par la fonte des neiges. L’eau est glaciale. Mise à part la douche, la lodge est confortable. Les lits font honneur à leurs noms ! Par contre, le vent dans la chambre, ça nous a bien amusés 5 min, pis ça devient vite lourd. Ca fera au moins sécher les habits qui étaient dans le sac. Ah oui, parce que ma gourde s’est ouverte dans le sac… héhé… Brillante idée d’avoir amené une corde à linge Ben !

 

Jour 3 : Tal (1700m)

5 heures de marche nous attendent aujourd’hui. Et c’est pas tout plat ! Les petits villages traversés et les paysages ne manquent pas de charme, hormis les décharges fréquentes, devenues part entière du décor.

Ben commence à souffrir de ses ampoules aux deux talons. Mais l’allure reste quand même soutenue, au rythme mené par Groupoc, notre porteur. Oui, notre porteur nous guide et notre guide aurait besoin d’être porté. Tirtha, il a beau être très sympa, il ne nous dit rien sur ce qu’on voit, ni même sur les Himalayas ou le Népal, il ne dit rien tout court et en plus il ne guide pas le chemin. Seul le porteur ferait amplement l’affaire. Tirtha fait un joueur en plus pour les parties de cartes du soir.

Arrivée à Tal, on profite de notre premier après-midi sans orage pour se reposer au bord de la rivière. Au programme, concours de ricochet et lancer de caillou main gauche… oui, on se fait chier, mais c’est encore trop tôt pour les cartes ! Puis la soirée se déroulera aux toilettes. Flo et moi sommes pris de maux de ventre soudains et violents qui ne rassurent pas pour le restant de la nuit.

Sinon la lodge est géniale. Génial, ça veut juste dire que y’a du courant et que les lits sont un peu moins durs qu’une planche. On fait le plein des batteries d’appareils photos, portables, caméras…

 

Jour 4 : Danakyu (2300m)

Si la nuit a été fractionnée par les allers-retours aux toilettes, les frissons et les claquements de dents, les crises de ventre semblent s’être un peu calmées ce matin. Ouf ! Je me sens toujours un peu fiévreux, mais ça n’altère pas mon envie de randonner. Les 2 autres sont également pris de spasmes d’estomac, on se shoote au coca pour faire passer ça comme on peut. 2 chapatis au miel plutôt copieux, avalés en vitesse pendant que la gérante punit sa chèvre dans la salle de bain, et nous quittons Tal pour Danakyu.

La route est assez peu intéressante niveau paysage. Flo anime le parcours en discutant tête à tête avec un rocher. Il en est quitte pour une belle petite plaie sur la tête. Arrivé à la lodge, j’ai mal au ventre, je suis K.O, je m’endors. Je n’ai envie de rien, juste d’une douche chaude et d’un coca. La douche est froide, tant pis, j’y renonce et trouve consolation dans mon coca ! Et tant pis si en 600m le prix du coca a doublé et est plus cher que le prix de la chambre, je le déguste ! Quel bonheur de boire autre chose que nos gourdes purifiées au chlore, qui donne à l’eau un goût de pédiluve de piscine municipale. Pas de prise de risque ce soir : Spaghettis bolognaise ! Quand je vois arriver le plat légèrement bleuté, je me souviens avoir omis de préciser sans fromage… Aaarh, va falloir trier…

Parties de carte traditionnelles avant de se coucher.

 

Jour 5 : Chame (2670m)

Il y a des matins comme celui-là où on aimerait se réveiller en France, prendre une douche chaude (oui, j’en rêve encore) et un repas normal. Ce matin, mon ventre continue son festival. Je suis arrivé au Népal pas très en forme, mais là, je me sens faible, vraiment. Pris de vertige, toujours avec ce soupçon de fièvre, j’accepte l’échange de sac avec Flo, même si la différence de poids n’est pas franchement flagrante, ce sera déjà ça. Mon estomac ne s’est toujours pas habitué au nouveau régime infligé, malgré ma prudence sur tout ce qui entre dans ma bouche. Je commence à soupçonner l’eau chlorée de me jouer ce mauvais tour et décide d’entamer dès maintenant, une hydratation à l’eau minérale exclusivement. Bien sûr, je n’attends pas de miracle dans la journée. Et miracle il n’y a pas eu.

C’est pas grave, le sentier est agréablement pentu et nous réserve bientôt une vue sur notre premier 8000 ! Là aussi c’est un échec. Le Manaslu a la tête dans les nuages et ne se montrera pas de la journée. Heureusement, Tirtha se veut rassurant lorsqu’on lui demande :

- Et demain, on pourra le voir quand même ?

- Si demain il fait beau… normalement non.

On explose de rire. Ses réponses sont souvent comme ça, avec l’air sérieux toujours. On dirait qu’il découvre le trek avec nous. Bref, on est quand même un peu déçu pour ce 8000. C’est dommage, il a sa photo sur mon jeu de carte acheté 200 roupies à Katmandou, et il a de l’allure. Jeu de carte que j’ai d’ailleurs bien amorti ! Les parties de cartes s’enchainent encore ce soir là en attendant le diner. Et le diner arrive enfin. La galette de pommes de terre est immangeable tellement il y a d’ail. Ca ne risque pas d’arranger ma plomberie intérieure. Ben a eu la bonne idée de commander du riz blanc. On verra les dégâts demain.

 

Jour 6 : Lower Pisang (3200m)

Réveil extrordinaire ! Oui, le courant marche à nouveau, mais surtout, les nuages d’hier ont laissé place au soleil, saupoudrant au passage les sommets d’une fine pellicule de sucre glace. Le temps permet à notre grande surprise, de voir le Manaslu (8163m). La journée s’annonce belle et sera en effet la plus belle de ce début de trek. D’autant plus belle que mon ventre m’a laissé une demi journée de répit pour profiter pleinement des paysages. Les premières neiges sont là, à nos pieds et les chemins ne laissent parfois pas autre choix que de marcher dedans sur plusieurs mètres. Nos sourires collés au visage, on dirait des gamins. Je me sens en grande forme, malgré le retour à la charge des maux de ventre dans l’après-midi. Heureusement que l’immensité de l’Annapurna II (7937m) qu’on penserait pouvoir toucher du doigt, me fait oublier les douleurs et vertiges. On passera 1 heure à contempler cette masse de pierre, perché sur une colline. On y serait encore si le froid ne nous avait pas chassés.

Notre lodge affiche en grand « hot shower ». Aaah, je rêve d’une douche chaude là, si seulement de l’eau il y avait. Bah mince… On apprendra plus tard que le type de la lodge a coupé l’eau suite à l’arrivée d’Israéliens, réputés pour trop en profiter, comme de tous les services proposés.

20h30, nous veillons tard ce soir !

 

Jour 7 : Manang (3540m)

Longue route vers Manang, 6h45 de marche, la plus longue du trek. Et la plus belle aussi. Décidemment, la montagne n’a pas fini de nous épater et nous restons pantois face au spectacle. Tellement en forme et de bonne humeur, je chante à haute voix tout ce qui me vient et même là encore, posé dans ma lodge, je ne peux m’empêcher de gesticuler et chanter avec un sourire bête. Les 2 autres restent sages. L’arrivée à Manang est… Poooooh !!!! Voir plus encore ! C’est au-delà de tout mes espérances, grandiose, hyperultrasurréaliste. En deux heures de temps, nous avons visité la Terre et même au-delà. Vraiment ! Du paysage lunaire (ou du moins, si la Lune était sur Terre, ce serait comme ça, comme dirait Flo), nous avons traversé la Turquie, la Nouvelle-Zélande, le Maroc à droite, les Himalayas à gauche, le Mexique en face et enfin, Manang se donne des airs tunisiens. C’est juste incroyable. On ne peut rêver mieux et la trêve accordée par mon ventre pour la journée a été grandement appréciée. Je remange Népalais ce soir, c’est bon signe. Repas de roi ! Vegie curry + mo:mo pour fêter ça !

 

 

Jour 8 : Manang

Grasse mat’ autorisée ce matin car nous restons pour une journée dite d’acclimatation à l’altitude, bien que nous ne soyons qu’à 3540m. Mais je suis réglé à 6h00 depuis le début du voyage. J’en profite pour une sortie matinale en solitaire, sous les petits flocons, alors que le village s’anime doucement. Le guide nous prévoit une visite des hauteurs en milieu de matinée, j’ai le temps de faire une lessive avant. Des 4 caleçons et paires de chaussettes prévus au lavage, je n’en laverai que la moitié tellement mes mains ne supportent pas la fraicheur de l’eau.

La balade vraiment belle nous propose une vue sur toute la vallée de Manang. Et au bout d’1h30, la fin du sentier est proche… on court ! Deux idiots sur le chemin de crête, franchissent au pas de course et le souffle court, leur premier 4000. Ben, peut-être le plus raisonné des 3 dans cette affaire, profite tranquillement de l’ascension en capturant ce qui l’entoure. Ainsi donc, je n’étais jamais allé aussi haut.

Les rapaces tournent au-dessus de nous à l’affut d’une charogne. Au même instant une puissante avalanche se déclenche dans le glacier d’en face. Les vautours himalayens piquent vers le sol et se disputent une carcasse entière de cheval. Non, c’est pas dans l’open space à Toulouse que je vois ça…

L’aprèm est plus détendue. Bière, chips et cinéma !

Cinéma : n.m. Grange équipée d’un poêle, où l’on vient plus pour se réchauffer et manger que pour regarder un film.

Le projeteur balance 2 grosses bûches dans le poêle, allume le vidéo projecteur et lance le film qui tourne tout les soirs depuis 20ans « Seven Years in Tibet ». Ou plutôt « Sev rs in Tibet ». Oui, le tuyau d’échappement du poêle, large comme une gouttière, découpe en deux le drap double mal tendu qui fait office d’écran. Le projeteur/chauffagiste joue également les serveurs de thé et vendeurs de popcorn. Une collation à volonté, comprise dans le prix du ticket qui est déjà assez bien bon marché. Séance très cool !

 

Jour 9 : Yak Harka (4018m)

Le versant Ouest est parsemé de séracs et ne permet pas d’établir de campement pour la nuit. Nous attaquons par la crête Nord. L’ascension est plus praticable, malgré la neige qui tombe sans arrêt et ce travail de pileur de neige auquel nous nous livrons est épuisant. Flo et Ben sont en tête et disparaissent dans le brouillard. Je monte un petit mur de glace très délicat. Mon pied lâche prise et me fait dévisser. La longueur de corde qui me sépare de mes compagnons n’est pas suffisante. Ceux-ci ressentent une forte secousse, ne peuvent résister au choc imprévu et nous voilà précipités dans la pente. Je les vois voler devant moi dans un cri d’effroi… Non, ça c’est juste le livre que je suis en train de lire sur l’ascension du 1er 8000 par Herzog. De notre côté, c’est plus doux. Il ne s’est pas passé grand chose aujourd’hui. Partis à 8h, arrivés à midi à Yak Harka. Le village se résume à 2 maisons. La visite est donc rapide, et comme on ne manque pas de temps, après manger, on s’attaque à la bute d’en face, d’une hauteur estimée à 4300m. Les corps s’habituent bien à l’altitude pour le moment. Les maux qui me tiraillaient sont partis, je me sens d’attaque pour le passage du col dans 2 jours.

On est une quinzaine dans l’auberge. Visiblement, une fois le récit de la journée rédigée, tout le monde peine à s’occuper. À 10 autour de la table, on commence une session jeu de carte qui durera 5 heures au cours de laquelle nous faisons la rencontre d’un couple de français trentenaires très sympas. Nous apprenons également un jeu Népalais qui, nous l’apprendrons plus tard, s’appelle le Doumol.

Flo se plaint de ne pas trouver le sommeil, il voit des foutues carte défiler devant ses yeux ! Fou rire de ¾ d’heures à en pleurer. Finalement, il prendra des photos du ciel étoilé en attendant le sommeil.

 

Jour 10 : Thorung-La High Camp (4925m)

Flo pousse un cri au milieu de la nuit comme si le plafond s’écroulait. Est-ce le cauchemar des cartes qui lui provoque une telle frayeur ? Non, le plafond s’écroule vraiment ! Il se rendort malgré tout, en boule dans son duvet pour se protéger de la chute de cailloux.

Au réveil, le lit de Flo est en chantier. Des cailloux recouvre sa surface et Flo avec. Imaginer Flo avec un casque et une pioche me déclenche un 2ème fou rire !

Mise à part ça et le paysan du coin qui balance des pierres sur ses ânes pour les faire marcher droit, ce matin-là est des plus normal. Il est 7h, je supporte bien la polaire et la gore-tex. Il a neigé cette nuit, mais le temps est sublime. Encore une très belle journée aujourd’hui, peut-être aussi belle que la 7ème quand on est arrivé à Manang.

On monte haut et les symptômes de l’altitude se font sentir. Malgré une progression très douce, les vertiges et maux de tête sont manifestes. La pente est abrupte jusqu’au camp, mais genre vraiment très beaucoup. 2 heures pour monter 500m. L’arrivée se fait dans la neige et toujours sous ce soleil radieux qui embellit davantage le paysage. Le camp est au pied d’une « petite » montagne de 5000m, pas assez haute pour mériter un prénom. Trop curieux de voir la vue de là-haut, nous posons les sacs et nous lançons à la conquête de notre 1er 5000, malgré ma tête qui joue des percussions.

Les superlatifs ne manqueraient pas pour décrire l’endroit. Le spot est parfait pour épandre la terre du Bécut avec les sommets à 7000 en toile de fond. Papa sera content.

La vidéo ici : https://www.youtube.com/watch?v=FaZOahLGeZk

 

Jour 11 : Muktinah (3760m)

Il a fait très froid cette nuit. Et l’altitude rend le sommeil très difficile, même pour les plus habitués, comme le guide et le porteur qui dormiront pas plus d’1h30 comme moi. Il n’est que 4h45 et déjà nous devons faire nos sacs. Doudoune fermée jusqu’au max, buffle jusqu’au nez et lampe frontale allumée, il est 5h30, nous partons dans la lumière des étoiles pour affronter le plus haut col de monde, le Thorung-La perché à 5416m. Il doit faire -15°C, on ne voit rien et on est heureux. La plage de neige semble sans fin dans ce noir complet. Le soleil se lève et lentement se dessinent les limites de notre aire de jeu. C’est beau putain !

7h45, nous l’apercevons. Il est là, le fameux, celui que l’on vante dans tous les guides, celui qui fait le sujet de nos conversations depuis des mois, le top de notre trek ! La beauté de l’approche est tellement magique qu’elle nous fait oublier la difficulté de l’effort. On aimerait même qu’elle dure plus longtemps. Aucun de nous 3 n’est pressé de passer le col car pas besoin de se le dire mais le passage du col résonne dans nos têtes comme le début de la fin de notre aventure Himalayenne.

Nous arrivons au point culminant de notre trek. La joie est entière ! Nous nous félicitons, guide et porteur compris, par des frappes dans les mains, des embrassades et des cris détonants de bonheur ! Grand moment !

En passant le col, nous quittons en même temps la région de Manang pour celle du Mustang, réputée pour ses paysages désertiques. En effet, en 3 heures de descente, le contraste est frappant. La neige laisse place à la poussière et le mercure flirte avec les 20°C. Etonnant donc de voir comment le climat est si différent d’un versant à l’autre. Surplombant ce désert, le Dhaulagiri (8167m) s’impose en patron de la région.

 

L’aprèm est relax. Quelques négociations auprès des commerçants, qui n’aboutiront à rien, si ce n’est à une bonne barre de rire, puis visite du temple de Muktinah, très célèbre dans le pays. Mais en tant que simple visiteur, il n’a rien d’impressionnant.

Le thermomètre de la douche affiche 41°C, tout va donc trèèèès bien !

 

Jour 12 : Jomson (2720m)

4h30 de marche à respirer la poussière que remuent le vent et les jeeps qui, malgré l’absence de route, profitent du fleuve à sec pour effectuer la liaison Jomson-Muktinah. Malgré le buffle qui recouvre mon nez, je mouche noir à l’arrivée. Mais les paysages sont toujours épatants. On domine les canyons un long moment avant de plonger dans le lit du fleuve sacré (Kali Gandaki Nadi) qui nous mène jusqu’à Jomson.

Jomson – traversée de la ville - arrivée à l’hôtel – arrivée à la chambre – dépose des sacs à dos et le trek est FINI !!!!!

Après 12 jours de marche, on célèbre ça à la Tuborg (bière typique… du Danemark. Les bières Népalaises, elles…elles…, mouairf, elles existent) et m’autorise même un petit brownie en dessert, typique également. Chose que je regretterai par la suite vu l’aspect du truc qui… qui existe aussi. Il est vert. Et je m’en rends compte qu’après quelques bouchées. Rien à faire, même en grattant les bords, bah c’est vert quoi. Je finirai de la même couleur que mon gâteau. J’espère faire passer le goût en prenant un croissant…2ème erreur. L’appétit reviendra le lendemain.

Demain matin, Groupoc nous quitte, c’est notre dernière soirée avec lui. Donc parties de cartes. À ce propos, on lui demande quel est le nom du jeu qu’il nous a appris. Trop heureux d’avoir compris une question en 12 jours, il gueule « DOUMOL !!! » avec un grand sourire !

 

Dimanche 30 mars : Pokhara

On doit prendre l’avion à 10h pour se rendre dans la 2ème ville du Népal aujourd’hui. Mais en cas de vent, le vol de 21min est annulé et est remplacé par un trajet de 30 heures en bus. Aoutch !

Mais quotidiennement le vent se lève à 10h et en effet, ce 10h-là n’a pas échappé à la règle. Le vent est bien au rendez-vous, le stress aussi. D’autant plus que l’avion a ¾ d’h de retard ! La manche à air située en bord de piste nous taquine en s’élevant minute après minute. Puis l’aéroport est aussi grand que la gare d’Aiguillon, il n’y a rien d’autre à faire pour s’occuper à part scruter cette fichue manche à air.

Notre avion arrive enfin avec une seule hélice en marche. Tout compte fait, l’option du bus n’était peut-être pas si mauvaise… Tout se passe bien finalement, on est bien à Pokhara, avec en cadeau l’estomac retourné, offert par Tara Airlines.

Pokhara n’a rien à voir avec la capitale. Ici on peut errer tranquillement dans la rue touristique qui longe le Fewa Lake, et même entrer dans un magasin sans obligation d’achat. À la vue du lac, Flo veut faire de la barque. Alors on fait de la barque. Avec une glace et un coca, non, on n’a pas vraiment forcé aujourd’hui. Des vacances quoi. J

23 heures, Flo et moi rentrons du bar vers l’hôtel, déambulant dans la rue, entonnant un semblant de « Resham Firiri » appris par le guide en cours de Trek. Le Long Island était chargé. Même malgré le supplément coca demandé par 3 fois, Flo le finit à ma place. Un flic Népalais se marre. C’est bien parce que nous sommes blancs car les Népalais eux ne peuvent pas sortir la bière à la main, sous peine de contravention.

Ben est resté dans la chambre. Il n’est pas au mieux de sa forme depuis l’épisode du Brownie.

 

Lundi 31 mars : Pokhara

Harry nous attend en bas de l’hôtel. Le temps d’avaler 2 pancakes et notre chauffeur personnel attitré pour la journée nous conduit au World Peace Stuppa, perché sur les hauteurs de Pokhara, d’où nous avons une belle vue sur le massif des Annapurnas. 8h30 et déjà la pollution se mêle au décor. Le lac en contrebas est quasiment invisible. Nous profitons du calme et de l’air encore respirable avant de replonger dans le nuage gris et continuer notre visite vers les Devi’s Fall. Honnêtement, les étalages de souvenirs m’ont plus marqué que les cascades en elles même. Mais j’suis content, j’ai acheté un chapeau made in China. Voilà. Dernier arrêt à l’International Mountain Museum où nous en apprenons plus sur les 1ères expéditions menées sur les 14 sommets à plus de 8000 du globe.

Journée chargée mine de rien, qui se finit en soirée cadeau souvenirs. Couché tôt car demain retour de bonne heure à Katmandou, sans grand enchantement.

 

Mardi 01 avril : Katmandou

Au moins, le bus est confortable, mais le klaxon que le chauffeur s’applique à presser toutes les 15 secondes empêche tout repos. Sur 7 heures de trajet, c’est long. Le bruit du klaxon se fait plus fréquent, signe que nous approchons de la capitale. L’air n’est plus respirable et me contraint à quelques apnées. Aucun doute, nous y sommes ! Les immeubles peinent à rester debout et je prie qu’ils ne s’ébranlent pas sur le bus.

Nous avons rendez-vous au restau avec notre (ex)guide ce soir pour des retrouvailles d’après trek. Il nous entraine dans un de ces restaurants tibétains perdu où les épices vous sautent à la gorge une fois le pas de la porte franchi. Nos yeux piquants et nos quintes de toux amusent les occupants des lieux, peu habitués à recevoir ce genre de clientèle.

A la première bouchée, la température ambiante semble avoir grimpé de quelques degrés. Calmement comme à son habitude, notre guide, le front et les pommettes perlant de sueur, nous dit « mmmh… ça pique… ». On éclate de rire. Mais nos gueules en feu nous calment très vite.

 

Mercredi 2 avril :

Levé de bonne heure pour ne pas rater le Mountain Flight, vol autour de l’Everest ! Mais il ne suffit pas de se lever tôt, encore faut-il emmener son passeport. Le mien est au chaud, avec le reste de mon porte feuille. Aucun moyen alors de prouver mon identité à l’hôtesse d’accueil de la compagnie aérienne qui attend les justificatifs. Pas d’problème, donnez moi votre nom et prénom, et voilà votre billet ! Bah mince, si j’avais su j’aurais du dire Michel, j’aime bien Michel. Bon, tant pis, prochaine fois. Une rapide fouille au corps et me voilà embarqué. Sur ce point là, le contrôle est léger aussi.

Bref, nous nous élevons dans les airs et déjà nous voyons les sommets flottant au dessus de la mer de coton gris de pollution. Très rapidement surgissent les 1er 8000 et au fond, patron du récif, le Mont Everest expose son imposante carrure. Le clic des photos s’intensifie. Tous les objectifs sont rivés vers le toit du monde, sauf celui du gros Japonais assis à côté de moi qui je vois depuis un petit moment déjà, essaye discrètement de me prendre en photo. Encore un intrigué par ma barbe de 3 mois je suppose.

Atterrissage mouvementé mais sur les roues malgré tout, et c’est bien ce qu’on lui demande.

La matinée s’achève par la visite du plus grand Stuppa du Népal, celui de Boudhnath. 70m de diamètre et peut-être 30 de haut. En effet, ça en impose. Le monument est au centre de nombreux monastères et autres édifices religieux toujours très colorés.

Un Sébastien Loeb Népalais nous ramène en taxi jusqu’au centre ville, slalomant entre vaches et motards, la main fermement posée sur le klaxon. Thirtha nous attend pour une dernière tournée de ses potes. Ainsi donc nous traversons l’authentique Katmandou pendant 20 min, noyé dans la masse bouillonnante du peuple, jusqu’à la boutique de thé (j’en avais vu des plus près, mais celle là est le meilleure du Népal ! Bah oui, c’est son pote !). L’accueil est très chaleureux et semble sincère. Le gérant veut nous faire goûter toutes ses compositions hauts de gammes pour ses « spécial friends » comme il nous appelle. Toutes nous les dégusterons ! Honnêtement, bon ou mauvais thé, j’y connais rien, mais on est tellement absorbé par les explications racontées avec passion, que pour le remercier, je lui achète du curry. Moui… du curry… je sais que ça me servira plus que du thé à l’appart.

Bref passage dans les boutiques de pashminas, laines de yacks et autres tissus locaux occupées par les potes de Thirta, avant de se dire au revoir une dernière fois.

 

Jeudi 3 avril :

Grasse mat’ jusqu’à 8H30. Pour notre dernier jour à Katmandou, on prévoit une séance de massage après le petit dej’. J’ai la dalle, je dévore mon omelette et celle de Flo avant de réaliser que c’était 2 omelettes de trop. Je ne peux rester plus d’1 minute à plat ventre, on repousse alors le massage à cet aprèm. Et quel massage ! Je me serai cru chez l’ostéo. L’auscultation dure 1 heure, le temps de tout remettre en place. Je ressors en boitant. Pas tendre.

La dernière soirée se fera sans Flo. L’estomac lui joue des tours. C’est con, avec les 3€ restants par personne, on comptait bien se faire plaisir dans un restau gastronomique. Ce sera 2 Dal Bhat pour Ben et moi, avec la main droite comme fourchette bien sûr et riz blanc pour Flo. Assez de sous encore pour des souvenirs !

Réorganisation complète des sacs de chacun pour qu’aucun n’excède les 20kg autorisés. Obligé de laisser quelques affaires sur place par manque de place. Nous vlà prêts.

 

On décolle au petit matin. Monsieur le premier Ministre du Népal est là également. Pour nous souhaiter un bon retour sans aucun doute.

 

DOUMOL !!!!!!

Namaste !

Ben.

 


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